Pour comprendre et modéliser l’ensemble des phénomènes physiques
pouvant survenir lors d’un accident grave dans un réacteur nucléaire,
une bonne connaissance des propriétés des matériaux du cœur du réacteur,
en particulier des propriétés thermodynamiques, est indispensable.
Lors d’un tel accident, des températures très élevées peuvent être
atteintes (potentiellement supérieures à 3 120 K qui est la température
de fusion du combustible UO
2
) de sorte que les matériaux
des différents composants du cœur (barre de commande, gaine, combustible…)
peuvent fondre et interagir pour former des mélanges complexes (mélange
de matériaux communément appelé corium). Le corium est généralement
caractérisé par la présence en son sein d’un grand nombre d’éléments
chimiques et peut présenter un aspect multiphasique (par exemple,
un mélange d’une phase liquide et de phases solides, un mélange de
deux phases liquides non miscibles…).
La thermodynamique permet de connaître l’état physique à l’équilibre,
la manière dont cet état se modifie avec les variables d’état, par
exemple la composition et la température et par suite les conditions
dans lesquelles une transformation peut se produire dans un sens déterminé.
Certes elle ne dit rien des mécanismes de transformation ni de la
durée de leur mise en œuvre et donc rien de la cinétique d’atteinte
de l’équilibre. Mais pour pouvoir prédire l’évolution de la dégradation
du cœur en situation accidentelle, il est important de pouvoir distinguer
les évolutions possibles de celles qui ne le sont pas et c’est ce
que la thermodynamique permet de faire de façon certaine. En particulier,
elle permet de prédire l’état d’ordre du matériau (autrement dit les
phases à l’équilibre thermodynamique) en fonction des variables d’état,
la connaissance de cet état d’ordre étant un préalable à la mise en
œuvre d’un grand nombre de modèles ou d’approches qui sont utilisés
dans les codes de simulation des accidents graves.
La difficulté de l’appréhension du comportement thermodynamique
des matériaux tant sur le plan expérimental que sur celui de la modélisation
tient au fait qu’elle doit non seulement porter sur les matériaux
des composants du cœur pris individuellement mais également sur les
mélanges résultant de l’interaction de ces matériaux entre eux et
ce, sur une gamme de température qui s’étend de la température nominale
de fonctionnement du réacteur jusqu’à des températures pouvant atteindre
la fusion du combustible (3 120 K pour UO
2
). On mesure
aisément la difficulté de la tâche.
De manière classique et ce depuis longtemps, la connaissance de
la thermodynamique d’un matériau s’appréhende par l’établissement
d’un diagramme de phase qui est...