Le projet faisait rêver et promettait une capacité de production de 5 GW d’ici à 2030 accompagnée de la création d’un vivier local de plus d’un millier d’emplois. La start-up amiénoise Tiamat, créée en 2017, ne tiendra vraisemblablement pas ses promesses. Le préfet de la Somme a en effet annoncé, le 15 septembre dernier, l’ajournement sine die du projet de construction de la première usine de batteries sodium-ion dont la convention d’implantation dans la zone industrielle Jules Verne près de Boves avait été signée le 7 mai 2024. Une information confirmée par le PDG de Tiamat qui justifie cet abandon par la difficulté à clôturer le financement d’un projet estimé à 500 millions d’euros.
Quels sont les avantages de la technologie sodium-ion, complémentaire aux systèmes d’accumulateurs Li-ion ?
Technologie sodium-ion : principe, positionnement et matériaux d’électrodes
Une batterie performante sans lithium, sans cobalt et sans nickel
Hébergée au Hub de l’énergie à Amiens, situé sur le pôle scientifique de l’Université de Picardie Jules-Verne (UPJV), Tiamat a développé une technologie alternative à la batterie lithium-ion qui s’inspire des travaux du Réseau sur le Stockage Électrochimique de l’Énergie (RS2E), un laboratoire du CNRS. La batterie novatrice repose sur l’action des ions sodium qui remplacent les ions lithium dans le rôle de vecteurs dans le transfert de charge entre anode et cathode.
Cette substitution présente de nombreux avantages. Tout d’abord, il faut préciser qu’une grande partie des réserves mondiales de lithium se trouve dans le « triangle du lithium »[1] avec une production concentrée sur quatre pays (l’Australie, le Chili, la Chine et l’Argentine). Les batteries lithium-ion supposent également l’utilisation d’autres métaux comme le cobalt ou le nickel.
S’agissant du sodium, qui est le sixième élément le plus abondant de la croûte terrestre[2], son approvisionnement n’implique pas de tensions géopolitiques.
Le recours au sodium dans le rôle de convoyeur de courant se révèle aussi judicieux économiquement : une cellule sodium-ion pourrait coûter jusqu’à 40 % de moins qu’une cellule lithium-ion.
Sur le plan des performances énergétiques, la batterie sodium-ion offre une capacité de recharge dix fois plus rapide que ses concurrentes, une densité de puissance élevée ainsi qu’une tolérance aux cycles de recharges répétés. Ces propriétés orientent ses domaines d’applications vers l’outillage électrique[3], le petit électroménager ou l’alimentation des centres de données. Néanmoins, sa faible autonomie (quantité d’énergie stockée par kilogramme) lui ferme le marché des véhicules électriques.
La frilosité des investisseurs privés
Tiamat traverse une phase bien connue des start-up, nommée la « vallée de la mort ». Se référant au désert californien, cette expression décrit la difficulté du passage du prototype innovant à l’industrialisation à grande échelle. Maîtrisant le savoir scientifique, fruit d’années de recherches, la start-up doit dorénavant valoriser cette expertise.
À cette barrière structurelle particulièrement prégnante en France, s’ajoutent des facteurs conjoncturels : les déconvenues rencontrées par l’industrialisation des batteries pour véhicules électriques en Europe provoquent la prudence des investisseurs privés. La moitié du chemin a été accomplie grâce aux aides publiques, mais la start-up peine à attirer les financements privés. Pourtant, en juin 2025, l’entrée d’Endeavour au capital de l’entreprise confirmait la dynamique positive déjà amorcée avec les participations de Stellantis Ventures, Arkema et MBDA.
Ce revers révélant les limites de son modèle financier, Tiamat continuera à externaliser sa production en sous-traitant en Asie.
[1] Constitué par l’Argentine, la Bolivie et le Chili
[2] La croûte terrestre est constituée de 2,6 % de sodium contre 0,002 % de lithium
[3] Une visseuse sans fil de la marque Dexter est commercialisée depuis 2023 chez Leroy Merlin
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