Le cap du million de véhicules électriques fabriqués sur le territoire français consacre quinze années de transformation industrielle. Il montre aussi que l’électrification automobile peut désormais soutenir des volumes élevés, des emplois et de nouvelles compétences en France.
Renault a annoncé avoir dépassé le seuil d’un million de véhicules électriques produits en France depuis 2010. Cette étape prolonge un engagement amorcé avec la Renault Zoe et le Kangoo électrique, qui ont progressivement installé cette motorisation dans la gamme. Le total rassemble plusieurs générations de voitures particulières et d’utilitaires assemblées sur le territoire.
Cette production ne repose plus sur un site isolé. Les véhicules sortent notamment des chaînes de Douai, Maubeuge, Dieppe, Batilly et Sandouville. Les usines de Cléon, Ruitz et Le Mans fournissent des composants, tandis que la Refactory de Flins développe des activités liées à l’économie circulaire. L’ensemble forme une chaîne industrielle française couvrant la conception, l’assemblage, les motorisations et le traitement de véhicules après leur première utilisation.
Le cap intervient alors que le marché accélère. En juin 2026, les voitures électriques ont représenté 30 % des immatriculations neuves en France, avec 55 851 unités, contre 17 % un an auparavant. Sur le premier semestre, leur part a atteint 28 %. La Renault 5 E-Tech électrique s’est classée deuxième des modèles électriques en juin, derrière le Tesla Model Y, tandis que le Scenic électrique occupait la troisième place.
ElectriCity devient le centre de gravité de la production électrique
Le pôle ElectriCity, organisé autour de Douai, Maubeuge et Ruitz, concentre une grande partie de cette dynamique. Douai et Maubeuge ont produit 600 000 véhicules électriques en cinq ans. La Renault 5 joue un rôle central dans cette montée en cadence. Le seuil des 100 000 exemplaires fabriqués a été franchi fin 2025 et le constructeur prévoit de dépasser 200 000 unités produites depuis son lancement au cours de 2026.
Les sites du nord de la France travaillent aussi pour Alpine, Nissan et Mitsubishi et doivent accueillir une production destinée à Ford. Cette organisation multimarque permet d’utiliser les mêmes capacités pour plusieurs programmes. Pour accompagner la demande, Douai doit encore augmenter sa cadence. Une demi-équipe de nuit a été mise en place et 550 intérimaires ont été recrutés depuis l’automne 2025.
La transformation touche également l’emploi et les compétences. ElectriCity a créé 700 postes en contrat à durée indéterminée entre 2022 et 2025 et prévoit 300 recrutements supplémentaires d’ici 2027. Renault indique employer près de 39 000 personnes en France et soutenir environ 35 000 emplois indirects chez ses fournisseurs. Le groupe a également formé 53 000 salariés à l’électrification, aux batteries, à l’intelligence artificielle et à l’économie circulaire.
Une réussite industrielle encore exposée à la concurrence
Le millionième véhicule ne clôt pas la transformation. Renault affirme avoir investi 13 milliards d’euros en France depuis 2021 pour adapter ses sites et structurer sa chaîne de valeur électrique. Le groupe envisage un montant supplémentaire équivalent dans le cadre de son plan futuREady, sous réserve de conditions économiques favorables.
La dynamique commerciale donne de la visibilité à ces investissements. Au premier trimestre 2026, les ventes de véhicules électriques de Renault Group ont progressé de 20,9 % en Europe et ont représenté 17 % des ventes du groupe. À l’échelle de l’Union européenne, les voitures électriques à batterie comptaient pour 20 % des immatriculations sur les cinq premiers mois de 2026, contre 15,3 % un an plus tôt.
Cette croissance intensifie toutefois la pression sur les prix et les délais de développement. En France, les marques chinoises ont atteint environ 7 % du marché neuf en juin 2026 et multiplient les lancements de modèles électriques et hybrides rechargeables. La production française de véhicules électriques devra donc continuer à progresser sur les coûts, les volumes et la rapidité d’industrialisation.
Le cap du million confirme l’existence d’un socle industriel solide. Sa portée à moyen terme dépendra de la capacité à maintenir la demande, amortir les investissements et renouveler rapidement les gammes. Pour Renault, l’enjeu n’est plus seulement de démontrer qu’une voiture électrique fabriquée en France peut trouver son marché, mais de prouver qu’elle peut y rester durablement compétitive.
La souveraineté automobile devient un impératif industriel
Face à la puissance industrielle et commerciale des constructeurs chinois, la souveraineté automobile française ne peut plus se limiter à un objectif de principe. Sans capacités nationales solides dans les batteries, l’électronique, les motorisations et l’assemblage, la France risquerait en effet de devenir un simple marché d’écoulement pour des véhicules conçus et produits ailleurs. Le million de voitures électriques fabriquées par Renault constitue donc un jalon important, mais il doit surtout servir de point d’appui pour accélérer les investissements, consolider les fournisseurs et défendre durablement une industrie automobile française compétitive.






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