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La COP25 manque son ambition pour 2020

Posté le 20 décembre 2019
par Matthieu Combe
dans Environnement

La COP25 devait lancer la dynamique pour une plus grande ambition des pays dans la lutte contre le réchauffement climatique. Elle devait aussi achever la définition des règles de mise en oeuvre de l’Accord de Paris. Sur ces deux points, force est de constater son échec.

« Ce qu’on attendait à Madrid : que tous les pays appellent à relever leur ambition en 2020 », rappelle Lola Vallejo, directrice du programme Climat de l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (Iddri). Mais après 15 jours de rencontre et plus de 42 heures de retard, les résultats de la COP25 sont loin d’être à la hauteur des enjeux. « Déçu », António Guterres, secrétaire général de l’ONU, estime que « la communauté internationale a perdu une occasion importante de montrer une ambition accrue en matière d’atténuation, d’adaptation et de financement pour faire face à la crise climatique ».

L’ensemble des observateurs s’accordent à regretter le peu d’avancées. L’Iddri voit « un résultat très mitigé » et une polarisation croissante du monde. Il y a désormais deux clans distincts. D’un côté, les pays grands émetteurs et réfractaires à l’action climatique. De l’autre, les pays engagés dans la neutralité carbone pour 2050. Pour réussir la COP26 à Glasgow, les Britanniques devront inclure les collectivités et les entreprises afin de convaincre les pays bloquants et les grands émergents attentistes. Ces derniers comptent notamment le Brésil, l’Australie, les États-Unis et l’Arabie Saoudite. Le manque d’engagements de ces derniers exacerbe la colère des mobilisations citoyennes qui dénoncent l’inaction politique.

Une dynamique renvoyée à la COP26

La COP25 aboutit aux décisions 1/CP.25 et 1/CMA.2 sous le nom du paquet Chili Madrid l’heure d’agir. Le texte appelle à des actions urgentes et reconnaît enfin la nécessité de traiter la lutte contre le changement climatique et ses impacts avec la lutte contre la perte de biodiversité de manière intégrée. Il réaffirme aussi le besoin de réduire d’ici 2020 l’écart entre les efforts d’atténuation déjà consentis par les Parties à l’Accord de Paris et l’objectif de maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C.

Pourtant, le texte n’adopte aucune mesure précise. Il ne lance pas un appel clair et universel aux pays pour qu’ils relèvent leurs contributions climatiques avant mars 2020, comme le prévoit l’Accord de Paris. « Le texte des décisions de cette COP25 est très timide, il ne demande pas de manière universelle à tous les pays de relever leur ambition », regrette Lola Vallejo. Par ailleurs, aucun accord n’a été trouvé sur les règles de mise en œuvre des marchés carbone internationaux régis par l’Article 6 de l’Accord de Paris. Il n’y aura pas non plus eu d’avancées sur de nouveaux financements nécessaires à l’adaptation ou à l’atténuation.

Des ambitions difficiles à relever

Seulement 80 pays se sont engagés à revoir à la hausse leurs engagements climatiques pour 2030 d’ici 2020. Ils ne représentent que 10,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Cette liste est à peine plus longue en fin de COP25 qu’au sommet de New-York de septembre 2019. En parallèle, l’Alliance pour l’Ambition Climatique regroupe les pays et les acteurs non-étatiques qui visent à atteindre la neutralité carbone avant 2050. Elle compte 73 pays, 14 régions, 398 villes, 786 entreprises et 16 investisseurs.

« Avec l’absence d’une feuille de route claire pour 2020, de nombreux États, en particulier les plus gros pollueurs, arriveront vraisemblablement les mains vides à Glasgow, pour la COP26, qui doit voir la mise en application de l’Accord de Paris », craint Greenpeace. En particulier, l’Union européenne est attendue au tournant. Dans le cadre de son nouveau Pacte Vert, elle s’est accordée pour atteindre la neutralité carbone en 2050, exception faite de la Pologne. Mais elle devra prendre un objectif ambitieux de réduction de 65% de ses émissions d’ici 2030 et, en particulier, motiver la Chine à prendre des engagements ambitieux. L’espoir se porte désormais sur un leadership Union Européenne – Chine, à la place du binôme États-Unis – Chine qui avait permis l’Accord de Paris en 2015.


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