Global Industrie, prochain baromètre du déploiement de l’IA industrielle
Après deux ans de pilotes, l’IA entre dans son moment de vérité : en 2026, les usines attendent des gains mesurables (qualité, maintenance, énergie), pas des démonstrations. Côté acteurs, Siemens accélère nettement : le groupe a annoncé le 14 janvier 2026 l’extension de son partenariat avec NVIDIA pour bâtir un « Industrial AI Operating System », et promet des outils de jumeau numérique disponibles mi-2026. Sur le terrain, la bataille se joue sur des usages concrets comme la maintenance prédictive, où l’IA doit réduire les arrêts non planifiés et stabiliser les cadences.
Les prochains rendez-vous sont déjà pris : en France, Global Industrie du 30 mars au 2 avril 2026 sera un baromètre du déploiement réel, entre automatisation, robotique et IA appliquée aux ateliers. Puis viendra Hannover Messe du 20 au 24 avril 2026, où l’IA en production (robotique, contrôle qualité, supply chain) sera au centre des annonces et retours d’expérience. En parallèle, la réglementation commence à peser dans les décisions d’investissement : la Commission rappelle que le cadre du AI Act avance, tandis que des discussions existent sur un possible ajustement du calendrier.
Dans les mois qui viennent, le sujet qui va dominer n’est donc plus « faut-il de l’IA ? », mais qui la maîtrise, avec quelles données, sur quels systèmes industriels critiques, et surtout, avec quel ROI dans des usines déjà sous pression énergie/coûts.
Réindustrialisation européenne : le moment de vérité ?
La réindustrialisation européenne est entrée dans une phase critique, où l’écart entre annonces politiques et réalité du terrain devient de plus en plus visible. Malgré les ambitions affichées à Bruxelles, la concrétisation des projets industriels se heurte encore à des délais d’autorisations, à une pénurie de compétences et à des difficultés de raccordement énergétique. Pour y répondre, la Commission prépare le Industrial Acceleration Act, attendu début 2026, censé accélérer les investissements et simplifier les procédures.
Mais sur le terrain, le temps industriel reste contraint par l’accès à une électricité disponible et compétitive et par l’acceptabilité locale des nouveaux sites.
Les prochains rendez-vous seront donc décisifs, notamment le Conseil Compétitivité de l’UE fin février 2026, où les États membres devront clarifier leurs priorités industrielles, puis les arbitrages budgétaires, attendus au printemps. L’enjeu est clair : transformer une ambition politique de souveraineté industrielle en réalisations concrètes, visibles dans les usines, et pas seulement dans les communiqués.
Gigafactories batteries : l’heure des arbitrages
La ruée européenne vers les gigafactories entre dans une phase plus rude : après les annonces, place aux retards, aux annulations et aux choix budgétaires. Symbole de ce tournant, la coentreprise ACC a acté (en date du 7 février) l’abandon de projets en Italie et en Allemagne, illustrant l’effet ciseau entre marché VE moins dynamique et coûts industriels élevés. En France, ACC tente au contraire d’accélérer sa montée en cadence à Douvrin, avec un objectif de 3 000 batteries/mois en juin 2026 et un démarrage pour Mercedes annoncé à l’été 2026.
Mais le nerf de la guerre reste en amont : la dépendance aux matières premières critiques, que les auditeurs européens jugent toujours insuffisamment sécurisées. Dans ce contexte, les projets « vitrine » deviennent des tests de crédibilité : à Dunkerque, Verkor vise des premières cellules début 2026, tandis que d’autres paris technologiques prennent du retard, comme ProLogium repoussé à 2028.
Les prochains jalons seront aussi réglementaires : l’Union européenne bascule vers une exigence de traçabilité avec le Battery Passport obligatoire à partir du 18 février 2027, et des lignes directrices attendues en juillet 2026 pour la « due diligence » de chaîne d’approvisionnement. D’ici là, le débat va se durcir : l’Europe veut des usines, mais elle doit prouver qu’elle peut sécuriser financement + matières + compétences + énergie… au même rythme que ses concurrents.
DECARB IND : réouverture des guichets au printemps 2026
Dans un contexte où l’industrie française doit réduire ses émissions de 42 % d’ici 2030, le programme DECARB IND s’impose comme un levier stratégique du plan France 2030. Après une première vague clôturée en mai 2025, l’ADEME prépare une réouverture au premier trimestre 2026 pour une relève prévue autour du 1er juin. Ce dispositif permet aux industriels d’obtenir jusqu’à 30 millions d’euros de subventions pour décarboner leurs sites via quatre leviers : efficacité énergétique, modification du mix énergétique, substitution des matières premières et captage du carbone. Les secteurs les plus intensifs en énergie – acier, ciment, verre, chimie, papier-carton – concentrent l’essentiel des besoins, représentant 64 % des émissions industrielles nationales.
Les 50 sites les plus émetteurs à eux seuls génèrent 55 % du total. Avec l’épuisement progressif des quotas carbone européens et la montée des taxes environnementales, 2026 marquera une accélération pour ces industriels : ceux qui sauront monter des dossiers conformes aux critères prix et hors-prix bénéficieront d’un avantage compétitif déterminant face à la concurrence internationale.
Recyclage du plastique : l’Europe ouvre une nouvelle phase
L’Union européenne vient de franchir un tournant réglementaire majeur en reconnaissant officiellement le recyclage chimique dans le calcul des objectifs de contenu recyclé des bouteilles en plastique, une décision actée début février 2026 et saluée par une partie de l’industrie. Portée par la Commission européenne, cette évolution vise à répondre aux limites du recyclage mécanique face à la hausse des obligations de plastique recyclé, notamment les 25 % de contenu recyclé déjà en vigueur depuis 2025.
L’enjeu immédiat est méthodologique : l’Europe valide l’usage du principe de « mass balance » pour comptabiliser les volumes issus de procédés comme la pyrolyse, ouvrant la voie à de nouveaux investissements industriels. Mais cette décision suscite aussi des critiques, notamment de la part d’ONG comme Zero Waste Europe, qui alertent sur le coût énergétique et le risque d’un recyclage « de façade ».
Les prochaines semaines seront décisives : la Commission doit adopter formellement les actes d’exécution, précisant les règles de traçabilité, de contrôle et de reporting. Dans les mois à venir, les industriels devront ajuster leurs chaînes d’approvisionnement pour anticiper le prochain seuil réglementaire, avec 30 % de plastique recyclé exigés dans toutes les bouteilles d’ici 2030.
À moyen terme, un autre paramètre pèsera lourd : le contenu recyclé produit hors UE ne pourra être comptabilisé qu’à partir du 21 novembre 2027, un signal fort en faveur d’une filière européenne du recyclage. D’ici là, le débat va s’intensifier entre impératif industriel, crédibilité environnementale et capacité réelle de l’Europe à réduire sa dépendance au plastique vierge.
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