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Nationalisation d’ArcelorMittal : la panacée ?

Posté le 24 juin 2026
par Aliye Karasu
dans Entreprises et marchés

Entre hausse des prix de l'énergie, surcapacité mondiale de production et concurrence extra-européenne, la filière de l’acier a été fortement fragilisée ces dernières années. Au niveau national, le remède au déclin industriel de l'aciérie française se trouve-t-il dans la nationalisation de la branche française d'ArcelorMittal ? Une proposition de loi allant dans ce sens vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale malgré l’avis défavorable du numéro 2 mondial de l’acier. Un enjeu majeur pour la filière sidérurgique, pilier stratégique de la souveraineté industrielle.

Certains y verront de l’obstination, d’autres de la persévérance. Après avoir été adoptée le 27 novembre 2025 à Assemblée nationale, mais rejetée par le Sénat, le 25 février dernier, la proposition de loi visant à nationaliser la branche française d’ArcelorMittal refait surface. Porté par les députés du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR), le texte a été adopté le 11 juin dernier en deuxième lecture par la représentation nationale sous les applaudissements des représentants syndicaux des salariés d’ArcelorMittal et grâce au soutien des partis de gauche. Cette première étape est loin de garantir l’adoption définitive du texte, puisque le Sénat, hostile, doit encore s’exprimer.

Une « fausse solution » selon ArcelorMittal

ArcelorMittal a, d’abord, souhaité modérer les réjouissances en rappelant que la navette parlementaire se poursuivait. Dans un communiqué, la direction du groupe a déclaré que si cette proposition aboutissait cela reviendrait à « séparer cette société du reste du groupe » avec des effets délétères sur les sites localisés en France qui « résistent parce qu’ils font partie d’une organisation européenne optimisée ».

Cet écosystème permettrait de préserver une filière de l’acier en proie à la mondialisation. En effet, pour les contempteurs de la nationalisation, le problème réside surtout dans le déséquilibre croissant entre l’offre et la demande qui caractérise le marché mondial de l’acier depuis les années 2010. Une expansion de nouvelles capacités de production en Asie contrastant avec une baisse de la demande européenne particulièrement marquée en France (20 % depuis 2017).

Ce déséquilibre s’est traduit par des exportations chinoises massives (118 Mt en 2024) et un afflux record d’acier à bas prix en direction de l’UE fragilisant la compétitivité des entreprises de la filière.

Prônant une résolution à l’échelle européenne, ArcelorMittal insiste sur les mesures protectionnistes prises ces derniers mois par l’UE : le dispositif des contingents tarifaires et le Mécanisme d’Ajustement aux Frontières (MACF) entré en vigueur au 1er janvier 2026.

Un ancrage faible et des licenciements massifs

Les partisans de la nationalisation jugent ces mesures insuffisantes si elles ne s’accompagnent pas d’un soutien réel à la filière sidérurgique française. Selon eux, le géant de l’acier n’investirait pas assez en France malgré les aides publiques accordées (392 millions d’euros entre 2013 et 2023). ArcelorMittal se défend en affirmant son intention de maintenir durablement sa production d’acier en France et assure avoir investi, ces trois dernières années, 1,7 milliard d’euros dans l’Hexagone destiné, entre autres, à une nouvelle unité de production d’aciers électriques à Mardyck (Nord), une coulée continue verticale au Creusot (Saône-et-Loire) et un four poche à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Le numéro 2 mondial de l’acier a également rappelé avoir choisi la France, en février dernier, pour la construction d’un four électrique.

La critique principale formulée à l’encontre du géant de l’acier concerne les vagues de suppressions de postes en France : 600 en 2025 et 1 650 cette année. L’acier étant la matière première de l’industrie, cette réduction des effectifs (divisés par deux dans l’hexagone en vingt ans) menace la réindustrialisation du pays (seulement 11 millions de tonnes d’acier produit en France en 2024) et étonne au regard des 732 millions de dividendes versés en deux ans aux actionnaires.

Les mesures protectionnistes sont-elles efficaces alors que Mittal se désengage de ses sites européens de production d’acier brut (- 27 % sur 2011-2024) au profit des sites indiens et brésiliens ?

 


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