Glossaire

Chélation : définition

Processus physico-chimique au cours duquel est formé un complexe entre un ligand (chélateur) et un cation métallique, dit "chélaté". La chélation permet notamment d’éliminer les métaux indésirables présents dans le corps (intoxication à certains métaux lourds, intoxication à des substances radioactives, etc.).

 

 

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Définition : Chélation : définition

Une pince moléculaire refermée sur un métal

La chélation désigne la formation d'un complexe entre un cation métallique et un ligand qui se fixe sur lui par plusieurs atomes donneurs à la fois. Le mot vient du grec khêlê, la pince du crabe, et l'image dit l'essentiel. Un ligand monodenté touche le métal en un point, un ligand polydenté le saisit en deux, quatre ou six points et referme autour de lui des cycles à cinq ou six atomes. Le complexe obtenu s'appelle un chélate, et les métaux ainsi capturés sont dits chélatés. Cette définition vaut aussi bien en chimie de coordination qu'en biologie.

Ce que cette géométrie apporte porte un nom, l'effet chélate, et il est spectaculaire. À nature de liaison identique, un ligand hexadenté forme un complexe 10 000 fois plus stable, et parfois bien davantage, que six ligands monodentés équivalents. L'explication est entropique plus qu'énergétique. Libérer six molécules d'eau de la sphère de coordination pour n'en fixer qu'une seule, le chélateur, augmente le désordre du système et déplace l'équilibre. Cette différence de stabilité est la raison d'être de tous les usages qui suivent.

La force d'un chélate se mesure par sa constante de stabilité, notée log K, et cette valeur dépend du couple métal et ligand, jamais du seul ligand. L'EDTA affiche log K de 8,8 avec le magnésium, 10,7 avec le calcium, 14,3 avec le manganèse, 25,1 avec le cuivre et 27,9 avec le fer trivalent. Ainsi, ces nombreuses valeurs, tabulées et affinées depuis plus de 70 ans, permettent de prévoir quel métal un chélateur va capter en priorité dans un mélange, et à quel pH. Il n'existe pas de chélateur universel, seulement des sélectivités.

Origine du mot
grec khêlê, la pince
Type de ligand
polydenté, deux sites donneurs au minimum
Grandeur caractéristique
constante de stabilité, log K
Chélateur de référence
EDTA, acide éthylènediaminetétraacétique
Denticité de l'EDTA
6
log K de l'EDTA avec le fer trivalent
25,1
log K de l'EDTA avec le calcium
10,7
Code additif alimentaire de l'EDTA calcique
E385
Chélates naturels courants
chlorophylle, hémoglobine, sidérophores
Applications industrielles
traitement des eaux, détergence, agriculture, imagerie

Les grandes familles de chélateurs

Les agents chélateurs se répartissent selon la nature de leurs atomes donneurs, et ce critère commande leur sélectivité vis-à-vis des minéraux en solution.

  • Les chélateurs acides aminopolycarboxyliques dominent l'industrie, avec l'EDTA en chef de file, suivi du DTPA et de l'NTA. Ils captent large, des alcalinoterreux aux métaux de transition, et restent bon marché. Ce sont les plus fréquemment utilisés en formulation.
  • Les acides organiques simples, citrique, gluconique, tartrique, offrent des constantes plus faibles mais une biodégradabilité que l'EDTA n'a pas. C'est la voie choisie pour les formulations dites naturelles.
  • Les sidérophores, produits par les bactéries et les champignons pour capter le fer du milieu, atteignent les constantes les plus élevées connues, au-delà de log K 30. Ces molécules d'origine biologique inspirent la conception de chélateurs de synthèse.
  • Les ligands macrocycliques, DOTA et cyclames, enferment le métal dans une cavité préformée. Leur cinétique de dissociation est si lente que le complexe se comporte comme une molécule à part entière.

La chimie de coordination qui sous-tend ces édifices, et la façon dont la structure du ligand gouverne la stabilité du complexe, sont exposées dans réactivité des molécules organiques et stabilité et, du côté de l'ingénierie moléculaire, dans chimie moléculaire et nanosciences. L'identification des complexes formés passe par la spectroscopie, dont les tables de constantes des spectres infrarouges donnent les références usuelles, le déplacement des bandes carbonyle signalant la coordination.

Ce que la chélation permet de faire en pratique

Le principe est toujours le même. Les chélateurs se lient aux métaux pour les rendre indisponibles, ou au contraire pour les maintenir en solution là où ils précipiteraient. Deux effets opposés, un seul mécanisme. Les applications industrielles se lisent toutes à travers cette alternative.

Lorsque l'eau est dure, en traitement des eaux comme en détergence, le chélateur neutralise le métal calcium et le magnésium qui en sont responsables, ce qui évite l'entartrage et rend les tensioactifs efficaces. Il empêche aussi le fer et le manganèse de tacher les surfaces. La chimie en milieu aqueux qui gouverne ces équilibres est traitée dans chimie dans l'eau. La récupération sélective des métaux en solution, elle, combine souvent chélation et résines, sujet de échange d'ions, applications.

En dépollution, le même mécanisme extrait les métaux lourds d'un effluent ou d'un sol contaminé au plomb, au cadmium ou au chrome. Les procédés d'oxydation couplés à une adsorption sélective sont décrits dans décontamination des effluents de traitement de surface par oxydation et bioadsorption sur cyclodextrine. L'hydrométallurgie exploite la même sélectivité pour séparer des éléments proches, comme le montre ressources et métallurgie extractive du scandium.

En agriculture, l'inverse est recherché. Un sol calcaire précipite le fer sous forme d'hydroxyde et le rend inassimilable, d'où la chlorose des feuilles. Un chélate de fer apporté au pied de la plante garde le métal soluble et disponible pendant plusieurs semaines. Les mêmes formulations existent pour le zinc, le manganèse et le cuivre.

En agroalimentaire et en cosmétique, l'EDTA calcique codé E385 bloque, à des doses de l'ordre de 0,1 %, les traces métalliques qui catalysent l'oxydation des lipides, rôle exposé dans conservateurs pour cosmétiques, antioxydants et anti-UV. Sans lui, quelques parties par million de fer suffisent à faire rancir une émulsion. En traitement de surface, la chélation intervient dans la stabilisation des sols-gels, procédé détaillé dans films inorganiques et hybrides protecteurs obtenus par voie sol-gel, où un ligand ralentit l'hydrolyse d'un alcoxyde trop réactif. La synthèse contrôlée de nanoparticules repose sur le même levier, comme l'expose synthèse de nanomatériaux en dispositifs microfluidiques.

Chélation en biologie et usage médical du terme

La nature pratique la chélation depuis bien plus longtemps que l'industrie. La chlorophylle est un chélate de magnésium, l'hème un chélate de fer, la vitamine B12 un chélate de cobalt. Dans chaque cas, le macrocycle tient le métal en place et lui impose une réactivité que l'ion libre n'aurait pas. Les bactéries produisent des sidérophores pour arracher le fer à leur environnement, et cette compétition constitue un mécanisme de défense de l'organisme hôte, qui séquestre lui aussi son fer pour en priver les pathogènes.

Le terme circule aussi en médecine, où la thérapie par chélation désigne un traitement par voie intraveineuse ou orale destiné à traiter des intoxications avérées par certains métaux. Le principe chimique reste identique, un chélateur forme avec le métal un complexe hydrosoluble éliminé par voie rénale. Ces médicaments chélateurs sont des produits à prescription, indiqués sur des pathologies précises et documentées, avec des effets secondaires possibles et des contre-indications qui relèvent du seul avis médical. C'est aussi vrai pour les autres intoxications parfois évoquées à ce propos hors du champ des indications reconnues. Ce glossaire décrit le mécanisme chimique, les informations qu'il donne ne portent pas sur la santé et ne se substituent pas à une consultation.

L'imagerie médicale offre un dernier exemple, techniquement remarquable. Les agents de contraste pour l'IRM reposent sur le gadolinium, ion paramagnétique très efficace mais toxique à l'état libre. On l'administre donc enfermé dans un chélate macrocyclique dont la constante de stabilité et surtout la lenteur de dissociation garantissent qu'il n'est pas relargué dans l'organisme avant son élimination. La conception de ces complexes est traitée dans agents de contraste pour l'IRM et, pour les traceurs multimodaux, dans nanosondes hybrides multimodales pour applications médicales. Toute la sécurité du produit tient dans une constante de stabilité et dans une cinétique.

Questions fréquentes à propos de Chélation : définition

Qu'est-ce que la chélation ?

C'est la formation d'un complexe entre un cation métallique et un ligand qui se fixe sur lui par plusieurs sites donneurs simultanément, en refermant un ou plusieurs cycles. Le complexe obtenu, appelé chélate, présente une stabilité bien supérieure à celle d'un complexe formé avec des ligands à point d'attache unique.

Qu'est-ce qu'un agent chélateur ?

C'est la molécule qui joue le rôle de pince, avec au moins deux atomes donneurs capables de se coordiner au même métal. L'EDTA en est l'exemple type, avec ses six sites. Les acides citrique et gluconique, les sidérophores bactériens et les macrocycles de type DOTA appartiennent à la même catégorie, avec des sélectivités très différentes.

Pourquoi un chélate est-il plus stable qu'un complexe ordinaire ?

Parce que la formation d'un chélate libère plusieurs molécules d'eau de la sphère de coordination du métal pour ne fixer qu'un seul ligand, ce qui augmente le désordre du système. Cet effet entropique, appelé effet chélate, peut multiplier la constante de stabilité par un facteur de plusieurs millions à énergie de liaison comparable.

À quoi sert la chélation dans l'industrie ?

À rendre un métal inoffensif ou à le garder soluble, selon le besoin. Elle empêche l'entartrage et l'oxydation catalysée par des traces de fer, elle extrait les métaux lourds d'un effluent, elle maintient le fer assimilable dans un engrais foliaire, elle stabilise les précurseurs d'un procédé sol-gel et elle sécurise le gadolinium des agents de contraste pour l'IRM.

Qu'est-ce que l'EDTA ?

L'acide éthylènediaminetétraacétique est le chélateur le plus employé au monde, avec six sites donneurs, deux azotes et quatre oxygènes carboxylates. Sa constante de stabilité va de 8,8 avec le magnésium à 27,9 avec le fer trivalent. Sa faible biodégradabilité pousse toutefois les formulateurs vers des acides organiques ou des dérivés plus dégradables.

La chélation existe-t-elle dans le vivant ?

Elle y est partout. La chlorophylle chélate un magnésium, l'hémoglobine un fer, la vitamine B12 un cobalt, et les bactéries sécrètent des sidérophores dont les constantes dépassent celles de tous les chélateurs de synthèse. La compétition pour le fer entre un hôte et un pathogène est d'ailleurs une affaire de chélation avant d'être une affaire d'immunité.

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