Dès la fin du XIX
e
siècle, l’industrie occidentale alors en pleine expansion a été confrontée aux limites des moyens purement techniques pour éviter les accidents lors de la réalisation d’activités qui devenaient intrinsèquement de plus en plus dangereuses. Dans la seconde moitié du XX
e
siècle, l’approche managériale qui s’était progressivement imposée d’abord dans le domaine de la gestion de la production, puis de la qualité, est progressivement appliquée formellement à d’autres aspects considérés jusqu’à alors comme des externalités, tels que les impacts sur l’environnement ou la santé et la sécurité des travailleurs et des riverains, au fur et à mesure que ces aspects sont devenus des enjeux économiques et sociaux.
Bien qu’ayant indéniablement contribué à l’amélioration des performances dans ces domaines, ni l’accélération des progrès technologiques à l’époque, ni le déploiement de l’approche systémique du management n'ont permis à eux seuls d’atteindre des niveaux de sécurité satisfaisants dans un contexte de scrutin sociétal croissant, notamment dans les industries à haut risque. Un facteur jusque-là négligé, car en dehors de leur sphère de compétences, a commencé à susciter l’intérêt des ingénieurs et des managers chargés de la prévention : le facteur humain. C’est ainsi que dans les pays anglo-saxons et notamment aux USA, à partir des années 1980, certains secteurs pionniers (chimie, oil & gas, nucléaire, aérospatial…) ont commencé à déployer des programmes visant à « maîtriser » les comportements des individus.
À ses origines, la sécurité comportementale (behavior-based safety) a puisé dans le comportementalisme classique. Ce courant a évolué à la fin du XX
e
siècle et au début du XXI
e
pour intégrer les avancées en neurologie concernant l’attention, la mémoire ou la formation des habitudes et des automatismes, mais aussi les dimensions cognitives, affectives et sociales des individus et les dynamiques de groupe.
Cette influence culturelle sur les comportements des individus au sein d’un groupe est à ce jour reconnue sur toutes leurs activités et dans toutes les sociétés. Apparu en 1986 dans le cadre des enquêtes suite à deux accidents majeurs, le concept de safety culture (culture de la sécurité, ou de la prévention) est au cœur d’une évolution majeure dans la manière dont on conçoit la place et le rôle de l’humain dans le cadre d’une démarche de prévention.
Il suffit d’avoir voyagé à l’étranger ou d’avoir visité diverses entreprises pour réaliser à quel point la tolérance aux risques est différente au sein de différents...