Novaleum recycle les boues industrielles pour les valoriser en huiles et biocarburants Crédit photo : Séverine Fontaine.

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Novaleum transforme les boues en coproduits industriels

Posté le 10 juillet 2026
par Séverine Fontaine
dans Chimie et biotech

La start-up Novaleum a levé des fonds en mars dernier pour développer son procédé de valorisation des boues industrielles en coproduits. Début juin, les cofondateurs ont lancé les premiers essais pour réaliser leur pilote industriel. Reportage.

C’est dans un bâtiment de 120 m2 du département chimie de l’IUT Lyon 1 que l’équipe de Novaleum transforme les boues industrielles en un mélange d’acide gras. Baptisée « Biomag », cette huile qui a l’aspect du beurre pourra ensuite être transformée en coproduits industriels comme de l’éther méthylique (biodiesel), de l’alcool cétylique et stéarylique (cosmétique, etc.) ou différentes fractions d’huiles végétales liquides. Les deux autres produits sont une eau trouble pouvant être remise dans le réseau ou un procédé industriel après traitement, et une matière solide valorisée en chaleur via la combustion ou la méthanisation.

« Les proportions de chaque produit dépendent du déchet initial, explique Bastien Mettra, professeur agrégé à l’IUT Lyon 1 et cofondateur de Novaleum. Aujourd’hui, les essais sont réalisés sur des boues industrielles, mais l’objectif est de valider le maximum d’intrants. » Un pilote industriel du procédé est en cours de construction. Une première démonstration en usage réel est prévue pour 2027. « L’idée est de s’intégrer dans la chaîne de valeur entre les producteurs de déchets graves – sociétés d’hydrocurage, stations d’épuration, collectivités et industriels – et les traitements d’incinération, en faisant passer les déchets via notre box » précise Bastien Mettra.

Des produits purs à partir de déchets

 

Le Biomag peut être transformé en coproduits industriels comme des biodiesels, des huiles végétales ou encore de l’alcool cétylique et stéarylique. Crédit photo : Séverine Fontaine

Sous la dizaine de mètres sous plafond, une structure métallique organise l’espace sur différents étages. Quelques installations de l’unité de chimie sont réparties dans le bâtiment, dont le procédé de Novaleum au premier étage. Cinq membres de l’équipe, dont les cofondateurs, mettent en route un essai du dispositif pour ajuster les paramètres afin d’obtenir la meilleure qualité de produits et les rendements d’extraction optimaux, et d’identifier les matières acceptées par le procédé. Nous traversons le bâtiment, en passant sous la structure du premier étage où se situe l’équipe, pour rejoindre l’extérieur. C’est ici que débute le procédé. Deux piscines sont installées pour réceptionner la matière dégrillée : les gros morceaux de résidus sont extraits de la matière grâce à une grille – comme une passoire – pour ne récupérer que les liquides d’intérêt. Ces derniers sont ensuite conditionnés en fûts avant d’être pompés vers le procédé.

Par apport thermique, le procédé sépare la matière solide du liquide. Puis en huile et eau par décantation. Crédit photo : Séverine Fontaine

De retour à l’intérieur, nous prenons un peu de hauteur pour observer le système : une boîte rectangulaire, transparente à ses extrémités, est traversée dans sa longueur par un tube tournant. « L’espace autour du tube va être chauffé avec de la vapeur pour décompacter la matière, explique Bastien Mettra. En fonction des paramètres de température, d’humidité, de pression et du choix de la membrane, la matière sera séparée en parties solide et liquide. Cette dernière sera à son tour séparée en huile et en eau par décantation. » Le procédé sera, dans sa version commerciale, intégré à une boxe de la taille d’un conteneur, avec des tuyaux d’entrée et de sortie de matière. « Les chaînes aval et amont se réalisent dans des bacs de collecte, des transporteurs géreront les flux », explique Bastien Mettra. « L’apport thermique sera peut-être modifié dans sa version finale. »

Les trois cofondateurs de Novaleum, chimistes organiciens, de droite à gauche : Ulrich Darbost, Bastien Mettra et Isabelle Bonnamour. Crédit photo : Séverine Fontaine

Du labo au site industriel

C’est en septembre 2021 que le chimiste organicien Ulrich Darbost, enseignant-chercheur de l’Université Lyon 1 à l’origine du projet, s’intéresse à la valorisation des boues industrielles. « J’étais à la recherche d’un déchet avec beaucoup de biomasse à valoriser, explique le cofondateur de Novaleum. Je m’étais d’abord arrêté sur les sargasses, mais le flux était instable car ces algues brunes entrent rapidement en putréfaction. Je me suis alors dirigé vers les stations d’épuration, j’ai fait quelques analyses et vu que les substrats étaient hyper riches en carbone biogénique, c’est-à-dire issu de la biomasse. » Rapidement, Bastien Mettra et Isabelle Bonnamour le rejoignent dans l’aventure. Tous trois réalisent une preuve de concept en laboratoire et déposent un brevet. Le projet obtient le soutien de la SATT Pulsalys via un contrat de maturation. « Nous sommes passés d’un batch de 500 grammes à 5 kg, précise Bastien Mettra. Notre pilote industriel travaillera quant à lui en continu et sur une plus grosse quantité. »

En 2025, ils créent la start-up Novaleum avec Yann Gillard, CEO. « Nous avons ensuite réalisé une levée de fonds d’un million d’euros en mars 2026 auprès de business angels, ajoute Ulrich Darbost. Cette levée sera doublée d’une dette bancaire notamment grâce aux soutiens de BPI France. » Aujourd’hui hébergée sur le site de l’Université Lyon 1 et l’incubateur iFactory, la start-up disposera de ses propres locaux en septembre sur une zone industrielle de la Métropole de Lyon. Elle est labellisée Deeptech, French Tech Seed et Accelera. « Lorsque la start-up sera autonome, nous sortirons du projet, affirme Ulrich Darbost. Nous continuerons de nous investir dans de nouveaux projets, cela fait partie de notre carrière de chercheur. »


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