Parce qu’ils offrent une exceptionnelle densité énergétique, les
systèmes nucléaires pour la production d’électricité dans l’espace
et pour la propulsion spatiale ont commencé à être développés dès
la fin des années 1950. Les générateurs radio-isotopiques thermoélectriques
de quelques centaines de We et les chaufferettes radio-isotopiques
sont utilisés dans l’espace depuis le début des années 1960 et ont
rendu possibles nombre de missions d’exploration spatiale emblématiques,
permettant ainsi à l’humanité de faire des progrès considérables dans
sa connaissance du système solaire. Des générateurs électronucléaires
spatiaux à fission de quelques kWe ont été largement utilisés par
l’Union soviétique jusqu’à la fin des années 1980 pour alimenter des
satellites d’observation militaires en orbite terrestre. Les importants
développements menés aux États-Unis et en Union soviétique dans les
années 1960-1970 ont démontré que les systèmes de propulsion nucléaire
thermique répondaient à toutes les exigences requises pour un système
de transport vers la Lune ainsi que pour des missions habitées vers
Mars. L’ouverture d’une nouvelle ère d’exploration humaine de l’espace,
avec notamment le programme Artemis avec pour cible d’abord la Lune
puis Mars, ainsi que le fort regain des tensions géopolitiques ayant
également des retombées dans le domaine de l’utilisation militaire
de l’espace cislunaire, ont conduit à une forte relance des programmes
de développement de nouveaux systèmes nucléaires spatiaux électrogènes
et de propulsion, principalement aux États-Unis, en Russie et en Chine.
Certains de ces programmes ont pour objectif de premières démonstrations
dans l’espace, pour certains avant la fin de la décennie 2020.
Cet article se veut une introduction au domaine des systèmes nucléaires
spatiaux donnant un aperçu de leurs principes et de leurs mérites
et domaines d’application potentiels.
La première partie de l’article est dédiée aux systèmes nucléaires
spatiaux pour la production d’électricité dans l’espace. Elle aborde
d’abord les domaines d’application et mérites du nucléaire comme mode
de production d’électricité dans l’espace par comparaison au solaire
photovoltaïque. Sont ensuite présentés les systèmes de faible puissance,
à base de radio-isotopes : principes et conception, performances,
historique et limites d’utilisation ; puis les générateurs électronucléaires
à fission : description, état de l’art, spécificités par rapport aux
microréacteurs électronucléaires terrestres et implications quant
aux technologies à mettre en œuvre.
Dans une deuxième partie, l’article traite des systèmes de propulsion
nucléaire spatiaux. Ils sont d’abord replacés dans la problématique
générale de la propulsion dans l’espace pour dégager les applications
pour lesquels...