Depuis quelques années, des stratégies nationales et locales se
mettent en place pour réintégrer la nature en ville et cela passe
avant tout par donner plus de place au végétal. De nombreuses collectivités
s’engagent ainsi dans la plantation massive d’arbres et d’arbustes
et notamment en pleine ville. Toutes les grandes métropoles ou presque
se sont dotées d’un plan « arbres » avec des objectifs vertigineux
de plantations. À titre d’exemple : la ville de Toulouse s’est engagée
à planter 100 000 arbres d’ici 2030 dans le cadre de son plan climat-air-énergie
territorial (PCAET), dont 50 000 seront déjà plantés au printemps
2024 ; Paris prévoit dans son plan « arbres » de planter 170 000 arbres
entre 2020 et 2026 dont 25 000 ont déjà été plantés à l’hiver 2022 ;
à Marseille, la ville se donne jusqu’en 2029 pour planter 308 000 arbres
dont 8 000 de taille adulte. De telles démarches s’initient aussi
dans des villes de taille moyenne, par exemple à Châteauroux, Saint-Étienne
ou Metz. Il peut s’agir d’alignements d’arbres, de création d’espaces
verts, de renaturation de friches ou même de « microforêts urbaines ».
Dans ces démarches vertueuses et louables, l’arbre en tant qu’individu
est cependant souvent considéré de façon anthropocentrée, soit comme
un élément paysager (esthétique) soit comme un « fournisseur de services » (réduction
des ilots de chaleur, création de zones ombragées, amélioration de
la qualité de l’air). Plus rarement, les arbres sont considérés pour
ce qu’ils sont, c’est-à-dire avant tout des êtres vivants qui possèdent
eux-mêmes leur cycle circadien*, leur métabolisme, leurs exigences
écologiques et leur perception sensorielle.
En conséquence, les conditions d’habitabilité des végétaux plantés
ne sont finalement que partiellement prises en compte. La plupart
du temps on s’intéressera au sol, à l’exposition, à l’apport en eau
et au climat, mais un facteur environnemental clé semble systématiquement
ignoré : celui de la
qualité nocturne de l’environnement
où
les arbres sont plantés. On éclaire même volontairement, encore aujourd’hui,
des arbres la nuit, pour « faire beau ». Il est en effet très fréquent
– et cette pratique est parfaitement autorisée – de constater des
arbres éclairés intentionnellement comme du mobilier urbain ou du
patrimoine bâti. Plus largement, les arbres sont exposés à des lumières
artificielles omniprésentes la nuit qui, par « inadvertance », débordent
de leur cible. Leur houppier englobe alors un lampadaire, reçoit le
ricochet de l’éclairage d’un bâtiment ou la lumière directe d’une
vitrine. La pollution lumineuse est devenue un phénomène global tel
qu’à peu près tous les végétaux d’une ville, et même en dehors, y
sont exposés d’une manière ou d’une autre, soit directement soit de
manière...