Al'époque révolue de l'insertion des technologies numériques et de l'Internet dans le paysage de l'entreprise succède désormais celle de la systématisation des usages de ces dernières – comme des mutations qu'elles génèrent – dans la diversité des situations personnelles et professionnelles. Entreprises privées ou publiques, collectivités locales, institutions, sont concernées à un égal niveau par cette mutation d'ordre sociétal, en dépit de leurs finalités respectives.
L'élargissement progressif de la couverture fonctionnelle du management accompagne le champ croissant de l'emprise des technologies numériques sur l'entreprise, au sens général du terme. Elle concerne, dans un spectre élargi, les modalités d'information, de communication, de collaboration, de mutualisation des connaissances et d'intelligence collective propres à toute organisation du travail. Surtout, elle s'inscrit dans le contexte de l'extension de l'usage de ces technologies tant dans la sphère privée que professionnelle.
Si son acuité devient extrême aujourd'hui, l'origine du questionnement sur l'évolution du management tient au changement majeur auquel ont été confrontées les entreprises depuis le milieu des années 1970. À cette époque émerge en effet une nouvelle forme d'organisation du travail qui se distingue de la précédente par le recentrage sur ses activités essentielles (
core business
), en lien avec le processus croissant d'externalisation et de sous-traitance de tâches moins centrales. Cette modalité nécessite dans le même temps la formalisation d'une organisation plus structurée et rationnelle, par un mécanisme qui s'accélérera plus tard – avec l'extension des technologies numériques et de l'Internet – dans le concept d'entreprise étendue. Cette mutation conduit, dans le même temps, à une réflexion d'une certaine ampleur sur la redéfinition de l'entreprise à travers l'expression de son identité, de sa culture et de son éthique.
Dans son ouvrage intitulé
La main visible des managers
, Chandler démontrait en 1977 l'importance de la coordination dans la production d'un bien. Par cette démarche, l'entreprise se révèle plus efficace que le marché par l'attention qu'elle accorde à son organisation propre. Cette dernière procure aux managers la compréhension claire de l'enchaînement des tâches qu'ils supervisent, la connaissance des différents éléments constitutifs de la chaîne de production d'un produit comme de sa distribution. Chandler se fonde, pour sa démonstration, sur l'émergence d'une nouvelle forme d'entreprise – en monopole ou oligopole – qui se substitue à la précédente caractérisée par l'asymétrie d'information entre les éléments de son écosystème. Par l'importance accordée...