RÉSUMÉ
Cet article introduit d’abord le lecteur aux deux types de systèmes de propulsion nucléaire spatiale objets des développements en cours : thermique et électrique, en présentant leur principe, les gains de performances qu’ils permettent par rapport aux technologies actuellement utilisés, et les applications/missions spatiales pour lesquelles ils peuvent présenter des avantages déterminants. La seconde partie de l’article se concentre sur les problématiques de conception et de développement et qualification des moteurs de propulsion nucléaire thermique et sur les défis technologiques et programmatiques à relever.
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AUTEUR(S)
-
Éric PROUST
: Diplômé de Supelec, Diplômé en Génie Atomique de l’INSTN, - Président de la section technique Nucléaire Spatial de la Société Française de l’Énergie Nucléaire, Président du Haut Conseil Scientifique de l’European Nuclear Society, - Conseiller scientifique pour les applications spatiales de l’énergie nucléaire à la Direction des Énergies du CEA
INTRODUCTION
L’idée d’utiliser l’énergie nucléaire pour propulser un véhicule
spatial a émergé peu de temps après la découverte de la radioactivité :
on la doit à un Français, Robert Esnault-Pelterie, le père de l’industrie
aéronautique française. En 1912, il prononça une conférence devant
la Société française de physique
où il montrait que, pour des raisons
de densité d’énergie, la seule solution pour réaliser des voyages
interplanétaires était d’utiliser l’énergie « infra-atomique ». Il
prenait comme exemple le contenu énergétique d’un kilogramme de radium
qui, pendant sa vie entière, libère par désintégration radioactive
spontanée près d’un million de fois plus d’énergie que la combustion
d’un kilogramme de mélange hydrogène-oxygène. Il émettait aussi une
réserve : encore fallait-il trouver le moyen de libérer cette énergie
« infra-atomique » beaucoup plus rapidement que par désintégration
radioactive spontanée, et de façon contrôlée, pour qu’elle puisse
être utilisable en propulsion spatiale (car celle-ci requiert non
seulement densité d’énergie suffisamment grande mais aussi densité
de puissance élevée). Ce moyen, la réalisation d’une réaction de fission
nucléaire en chaîne autoentretenue et contrôlée, sera démontré en
1942, dans la Chicago Pile-1. Les premières études de « moteurs fusées
nucléaires » débutèrent dans la foulée, dès la fin de la Seconde Guerre
mondiale, en parallèle avec celles sur les moteurs fusées chimiques
de forte puissance ; elles étaient alors toutes deux motivées par
des besoins de défense (missiles balistiques intercontinentaux). Elles
s’inscrivirent initialement dans le large cadre du programme Nuclear
Energy for the Propulsion of Aircraft avant de faire l’objet, à partir
de 1955, d’un projet dédié de grande ampleur à finalité duale, civile
et militaire : le Project Rover. Au sein de ce programme débuta en
1961 le programme NERVA de développement technologique et d’ingénierie
de « moteurs nucléaires pour applications aux véhicules fusées ».
Les importants développements réalisés dans ce cadre jusqu’en 1972,
ainsi qu’en Union soviétique jusque dans le milieu des années 1980,
ont démontré que les systèmes de propulsion nucléaire thermique répondaient
à toutes les exigences requises pour un système de transport vers
la Lune ainsi que pour des missions habitées vers Mars. Avec la chute
de l’Union soviétique et le recentrage de l’exploration habitée de
l’espace sur l’orbite terrestre et la Station spatiale internationale,
de...
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MOTS-CLÉS
propulsion nucléaire thermique spatiale
| propulsion nucléaire électrique spatiale
| moteur-fusée nucléaire
| propulsion dans l'espace
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Lecture en cours
Les systèmes de propulsion nucléaire spatiale