Le végétal fournit des applications d’usage en chimie, soit directement,
soit après transformation biotechnologique et/ou chimique (hémisynthèse)
des matières agricoles et forestières. Les procédés traditionnels
pour les colorants, les fibres, les matériaux s’appuyaient sur des
savoir-faire dont les connaissances scientifiques sous-jacentes n’ont
été élucidées qu’avec l’émergence de la chimie.
La stratégie pour l’identification d’un couple plante-usage(s)
est de partir de la propriété d’usage visée pour remonter l’ensemble
de l’itinéraire technologique, jusqu’au choix de la plante productrice
des structures d’intérêt. Deux principales approches sont mises en
œuvre pour identifier les structures (fibres) et biomolécules d’intérêt
dans les plantes. La première, l’approche fonctionnelle, innovante
consiste à explorer les molécules existantes dans le domaine végétal
et leurs dérivés pour y trouver des fonctions semblables à celles
recherchées, même si ces fonctions sont portées par des molécules
de structures différentes de celles actuellement utilisées. Cette
approche peut nécessiter une fonctionnalisation, qui est la modification
d’assemblages de macromolécules ou l’introduction de groupements chimiques
(dans des molécules ou macromolécules) pour conférer des propriétés
à valeur d’usage. La seconde, l’approche structurale, consiste à identifier
des biomolécules identiques ou ressemblant à celles utilisées dans
la chimie du carbone fossile, et à adapter le procédé de transformation
de la biomasse pour opérer la substitution.
Les deux approches peuvent coexister pour une même propriété.
Ainsi le matériau caoutchouc peut être produit soit à partir du polymère
constitutif du latex de l’hévéa, soit polymérisé chimiquement à partir
de butadiène obtenu par fermentation des oses.
L’objectif de cet article est de dépasser la simple curiosité
des usages chimiques des plantes pour définir les clés de raisonnement
permettant de sélectionner une plante et son système de culture dans
la perspective d’élaborer une ressource biosourcée pour satisfaire
une fonction d’usage. Des ressources alternatives comme les algues,
microalgues et cyanobactéries sont possibles, souvent pour des marchés
de niche. Le lecteur intéressé pourra se référer aux articles dédiés
des Techniques de l’Ingénieur
[IN 201]