En quelques années à peine, et à cause de la nécessité toujours
plus impérieuse d'économiser l'énergie électrique, le carbure de silicium
(SiC) est devenu un acteur majeur de la filière électronique. Ce semi-conducteur
à large bande interdite possède en effet un champ de claquage élevé,
une grande vitesse de saturation des électrons et une forte conductivité
thermique. C'est cette combinaison unique de propriétés physiques
exceptionnelles qui lui donne une excellente tenue en tension, conjuguée
avec une excellente aptitude au passage des très fortes densités de
courant. Si l'on y adjoint la possibilité de travailler à haute fréquence
et à haute température, on comprend aisément que SiC soit un matériau
parfaitement adapté à la réalisation des composants de puissance avec
la distribution de l'énergie électrique comme domaine d'application
privilégié.
Aujourd'hui les enjeux économiques sont clairement identifiés
et on estime que, dans les années à venir, le carbure de silicium
devrait progressivement remplacer le silicium pour tous les composants
de puissance appelés à fonctionner au-delà de 1000 V. Son principal
handicap est que, d'une façon générale, les substrats sont chers et
les progrès nécessaires à leur développement sont lents. Néanmoins,
des plaquettes de 3 et 4 in (7,5 et 10 cm) de diamètre sont disponibles
chez plusieurs fabricants et des plaquettes prototypes de 6 in (15 cm)
de diamètre ont été présentées. Sur ces substrats on sait, depuis
plusieurs années déjà, relativement bien contrôler les technologies
de dépôt en couches minces (épitaxie) et les technologies de dopage
sélectif (dopage in situ ou dopage par implantation ionique). On peut
ainsi contrôler de façon reproductible la concentration de porteurs
dans plusieurs couches monocristallines successives et, de cette façon,
poursuivre le développement d'une filière autonome de réalisation
de composants. Reste à optimiser la technologie des contacts pour
les applications haute température et la passivation (en particulier
pour les applications de redressement très haute tension où il est
nécessaire d'éviter la formation d'arcs électriques à l'extérieur
de la jonction). Enfin, et d'une façon générale, l'encapsulation demeure
un domaine peu exploré. À notre connaissance, il n'existe pas encore
de boîtiers spécifiquement dédiés aux conditions de fonctionnement
extrêmes.
La filière SiC apparaît donc comme le développement naturel des
filières plus anciennes « silicium » et « arséniure de gallium ».
C'est, de plus, une des (sinon la) solutions idéales pour réaliser
des capteurs ou des dispositifs optoélectroniques (interrupteurs photoélectriques,
par exemple) appelés à fonctionner à très haute température. À ce
sujet on pourra utilement consulter plusieurs articles parus dans
Techniques de l'Ingénieur qui...