La microscopie à force atomique (AFM), développée en 1986, repose
sur le contrôle d'une force agissant entre une pointe placée au bout
d’un levier souple et une surface, tout en balayant l’échantillon.
Cette méthode est donc une méthode de balayage physique de surface,
ce qui la différencie d'autres types de microscopies telles que les
microscopies électroniques ou optiques. Lorsque la pointe balaie la
surface de l'échantillon, le levier sur lequel elle est fixée est
déformé. Cette déflexion est enregistrée grâce à un laser réfléchi
sur une photodiode, permettant ainsi de recueillir le signal. Cette
technologie est particulièrement bien adaptée à l'étude des microorganismes
dans des conditions physiologiques, car elle peut fonctionner en milieu
liquide, ce qui permet de garder les cellules étudiées vivantes et
d’explorer des phénomènes dynamiques à leur surface. Elle peut être
utilisée en mode imagerie, avec une résolution à l’échelle du nanomètre,
mais son potentiel est en fait bien plus important car l’AFM est également
une machine de force très sensible, capable d'enregistrer des forces
aussi faibles que 20 pN. En effet, en mode spectroscopie de force,
il est possible d’enregistrer des courbes force-distance, où la force
subie par la pointe est tracée en fonction de la distance de séparation
entre la pointe et l'échantillon. Ces courbes peuvent ensuite être
interprétées à l'aide de différents modèles physiques, donnant ainsi
accès aux propriétés nanomécaniques et nanoadhésives des surfaces
cellulaires. Un atout important de l'AFM est que ces forces quantifiées
peuvent être localisées simultanément à la surface des cellules, ce
qui permet de corréler la nanomécanique et les interactions moléculaires
avec les ultrastructures de la surface des cellules. Enfin, les pointes
ou les leviers utilisés pour l'imagerie AFM ou la spectroscopie de
force peuvent être fonctionnalisés avec des biomolécules ou des particules
inertes, ce qui ouvre de nouvelles voies pour sonder les interactions
spécifiques entre ces pointes fonctionnalisées et les surfaces cellulaires.
Dans cet article, nous décrirons comment des leviers ou des pointes
AFM peuvent être fonctionnalisés avec des particules inertes et utilisés
pour mesurer leurs interactions avec des cellules vivantes. Nous illustrerons
l'utilisation de cette technique à travers une application spécifique,
où la mesure des interactions entre des leviers fonctionnalisés avec
des particules de zinc métalliques et des cellules de microalgues
a permis de mieux comprendre les mécanismes d'absorption de ces métaux
lourds par les cellules. Cette approche a ainsi révélé les conditions
favorisant ce processus et confirmé le potentiel des microalgues pour
dépolluer les milieux aquatiques.