L’
analyse statistique énergétique des problèmes de dynamique entre sous-systèmes vibratoires couplés
(Statistical Energy Analysis, SEA) est née au début des années 1960 des travaux de R.H. Lyon et G. Maïdanik. Ces travaux répondaient à la nécessité de disposer d’outils prévisionnels analytiques pour le calcul des vibrations aléatoires des lanceurs civils et militaires, développés en parallèle par l’US Navy et l’US Air Force dans le contexte trouble de la Guerre Froide. En effet, les lanceurs et leurs charges utiles sont soumis au décollage et au cours du vol atmosphérique à de très fortes sollicitations dynamiques (bruit au décollage, rafales de vent, instabilités de combustion, chocs de séparation d’étage) qui peuvent endommager structures et équipement. Une panne de la centrale inertielle qui guide le véhicule peut se traduire par une perte de contrôle et entraîner sa destruction. Dans cette période pré-informatique, disposer de formules de calcul simples pour la prévision vibratoire était donc un objectif stratégique, afin d’éviter les essais superflus et d’établir des spécifications robustes qualifiant l’ensemble des équipements embarqués.
Ces objectifs sont de nos jours devenus civils et restent d’actualité. Il est préférable de prévoir en début de projet l’environnement vibratoire résultant du mode opératoire d’une machine plutôt que d’en subir des conséquences imprévisibles nécessitant des modifications après coup, toujours coûteuses et souvent peu efficaces lorsque la conception est figée. Les méthodologies prévisionnelles vibroacoustiques se développent maintenant dans tous les domaines de l'industrie et plus particulièrement dans les industries du transport.
L’objectif affiché est le contrôle de l’environnement vibratoire dès le stade de la conception
afin de réduire les étapes de prototypage et la durée des projets. L’analyse par éléments finis est l’outil clé de ces développements mais, malgré les progrès fulgurants de l’industrie informatique au cours des vingt dernières années, le calcul du bruit transmis dans l’habitacle d’une automobile ne se résout pas encore sur tout le spectre audible par cette seule méthode.
La puissance de calcul est toujours limitée au regard de la taille des problèmes discrétisés. Par ailleurs, les lois physiques peuvent évoluer avec la fréquence, nécessitant des analyses par éléments finis complexes et longues. C’est pour cela que l’analyse SEA, malgré ou grâce à ses hypothèses simplificatrices, a lentement mais sûrement trouvé sa place dans la panoplie des méthodes de calcul de l’
ingénieur acousticien
. La SEA est particulièrement efficace pour
effectuer un diagnostic...