Les fondamentaux

De l’usine au robinet, la qualité de l’eau « dopée » aux substances toxiques

Posté le 25 juin 2026
par La rédaction
dans Matériaux

L’accès à une eau potable sûre dépend autant de la protection des ressources que de la capacité à traiter les contaminants déjà présents. Entre usages domestiques, besoins industriels et pression climatique, la gestion de l’eau devient dès lors un enjeu sanitaire, technique et environnemental.

Un extrait de « Eaux » par Jean-Luc BOUTONNIER

L’eau destinée à la consommation humaine fait l’objet d’un contrôle large, qui ne se limite pas à la recherche de microbes. Les analyses portent aussi sur des paramètres physico-chimiques, des minéraux comme l’aluminium, l’arsenic, le fer, le fluor, le plomb ou les sulfates, des composés organiques comme les pesticides, les trihalométhanes ou les hydrocarbures aromatiques polycycliques, ainsi que des indicateurs de radioactivité. Cette surveillance dépend du type d’eau, de la qualité de la ressource et des traitements autorisés.

Les contaminants présents dans l’eau résultent de différents usages, pouvant être industriels, agricoles ou domestiques.

Les PFAS, ou substances per- et polyfluoroalkylées, proviennent ainsi de composés chimiques utilisés pour leurs propriétés de résistance à la graisse, à l’eau et aux taches. Ils sont présents dans certains ustensiles antiadhésifs, emballages alimentaires, vêtements imperméables, mousses extinctrices, gaz réfrigérants, cosmétiques ou produits phytopharmaceutiques. Leur persistance tient à la solidité des liaisons carbone-fluor. Ils peuvent être libérés par des sites de fabrication, des décharges ou des stations d’épuration des eaux usées.

Les pesticides et leurs métabolites constituent une autre famille suivie de près. Une campagne de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), initiée en 2019 et dont les résultats ont été publiés en 2023, a porté sur 157 pesticides et métabolites, 54 résidus d’explosifs et un solvant (le 1,4-dioxane). Le métabolite du chlorothalonil R471811 ressort particulièrement de sept composés « émergents » fréquemment retrouvés dans les prélèvements et pouvant conduire à des dépassements de limite de qualité.

Des  traitements pour réduire les substances toxiques

La potabilisation de l’eau repose d’abord sur une chaîne classique. L’eau brute est captée dans un cours d’eau ou un aquifère, puis dégrillée pour retirer les gros déchets. La clarification associe floculation et décantation, avant une filtration sur sable pour retenir les particules fines. L’affinage vise ensuite à supprimer les goûts et odeurs, tandis que la chloration détruit les micro-organismes avant distribution.

D’autres procédés permettent de cibler certains contaminants. Les filtres à charbon actif peuvent être utilisés pour éliminer des pesticides. L’ultrafiltration repose quant à elle sur des membranes microporeuses. Des résines échangeuses d’ions peuvent aussi être mobilisées. Pour sa part, la lumière ultraviolette permet d’agir contre des micro-organismes, même si certains résistent aux systèmes à faible fréquence.

En milieu industriel, l’ozone peut être produit sur site par générateur afin de désinfecter l’eau grâce à son pouvoir oxydant. Enfin, des produits chimiques tels que la chaux, le chlorure ferrique ou le dioxyde de chlore peuvent corriger le pH ou améliorer la qualité organoleptique.

Il convient également de citer le dessalement, qui apporte une réponse aux tensions sur la ressource, mais soulève aussi des limites. Le procédé prévoit que la distillation sépare l’eau et le sel par évaporation, tandis que l’osmose inverse pousse l’eau sous pression à travers une membrane. Cette dernière peut alors retenir une grande part des particules de sel et des impuretés. Cependant, ces procédés consomment de l’énergie et génèrent des rejets de saumure plus chaude, plus salée, parfois chargée en produits chimiques.

Des usages domestiques et industriels sous pression

Les usages domestiques montrent que l’eau potable n’est pas seulement bue. En France, l’essentiel de l’eau consommée à la maison sert à l’hygiène corporelle, aux sanitaires, à l’entretien du logement et aux tâches ménagères. Seule une part minoritaire est réservée à la boisson et à la préparation des aliments. Cette réalité pose une question d’efficacité, car une eau fortement contrôlée sert aussi à des usages qui n’exigent pas toujours la même qualité.

Les usages industriels ajoutent une autre pression. L’eau est utilisée pour produire, laver, refroidir, transporter, traiter ou conditionner. Les eaux conditionnées mobilisent aussi des ressources souterraines et des emballages, majoritairement en polytéréphtalate d’éthylène (PET) pour les bouteilles et en polyéthylène haute densité (PEhd) pour les bouchons. Le recyclage limite une partie de l’impact, mais les microplastiques restent une préoccupation majeure, en particulier pour les milieux marins.

La réduction des pollutions passe donc par une combinaison de solutions. À l’amont, limiter les rejets industriels, agricoles et plastiques reste indispensable. À l’aval, améliorer la filtration, renforcer les contrôles et adapter les procédés de traitement permet de diminuer l’exposition.

Depuis le 1er janvier 2026, la recherche des PFAS a été intégrée au contrôle sanitaire réalisé par les Agences régionales de santé (ARS). La qualité de l’eau devient ainsi un sujet de santé publique. Elle est aussi un enjeu industriel de sobriété, de surveillance et d’innovation.

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Eaux
par Jean-Luc BOUTONNIER

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