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Eaux industrielles : quand les nouveaux polluants forcent les usines à se réinventer

Posté le par Pierre Thouverez dans Environnement

PFAS, microplastiques, résidus pharmaceutiques… Une nouvelle génération de contaminants s'invite dans les circuits d'eau industrielle, bouleversant les pratiques de traitement et mettant les filières sous une pression réglementaire croissante.

Pendant des décennies, la qualité de l’eau à usage industriel se mesurait grâce à des paramètres bien connus tels que la dureté, le pH, la teneur en métaux lourds ou encore la charge bactériologique. Si ces critères restent aujourd’hui valides, ils ne suffisent plus. Depuis 2020, une nouvelle menace s’est installée durablement dans les eaux consommées par les industriels : les polluants émergents. Parmi eux, deux familles concentrent l’attention des ingénieurs, des régulateurs et des chercheurs, les PFAS et les microplastiques. Leurs conséquences sur les procédés industriels commencent à peine à être mesurées.

Des « nouveaux » contaminants omniprésents

Les PFAS, aussi appelés polluants éternels, regroupent plus de 14 000 composés chimiques de synthèse. Résistants à la chaleur, à la graisse et à la dégradation chimique, ils entrent aujourd’hui en jeu dans la fabrication d’innombrables produits industriels, au premier rang desquels les mousses anti-incendie, les textiles techniques ou encore les revêtements antiadhésifs… Avant de migrer massivement vers les sols et les nappes phréatiques. Des prélèvements réalisés par l’Agence nationale de sécurité sanitaire entre 2023 et 2025 révèlent que 92 % des échantillons d’eau distribuée analysés contenaient du TFA, un PFAS ultracourt particulièrement soluble et persistant.

Pour l’industrie, la contamination n’est pas qu’un sujet sanitaire comme un autre. Dans les secteurs pharmaceutique, agroalimentaire ou microélectronique, la qualité de l’eau est un paramètre critique. Des traces de PFAS ou de microplastiques dans les circuits de refroidissement, de rinçage ou de production peuvent altérer la pureté des produits finis, et ainsi déclencher des non-conformités voire, in fine, compromettre des lignes de fabrication entières.

Une pression réglementaire grandissante

La “loi visant à protéger la population des risques liés aux substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées” adoptée en février 2025 doit permettre à l’hexagone de tendre vers un arrêt total des rejets industriels de PFAS dans un délai de cinq ans. Depuis juin 2023, un arrêté ministériel impose déjà à plusieurs milliers d’établissements industriels de surveiller la présence de PFAS dans leurs rejets aqueux. Une redevance pollueur-payeur doit voir le jour dans quelques mois, et obligera les industriels à investir dans des systèmes de traitement de leurs effluents et à monitorer leurs rejets.

Face à ces évolutions réglementaires, les stratégies divergent selon les secteurs industriels et les moyens disponibles. Les grands groupes industriels sont les plus avancés, sans surprise. Ils s’appuient sur des équipes de R&D internes ou sur des partenariats avec des spécialistes du traitement de l’eau. Les ETI et PME, elles, doivent souvent faire appel à des prestataires extérieurs ou mutualiser leurs investissements.

Des solutions technologiques innovantes de plus en plus nombreuses

Les technologies de traitement connaissent une accélération notable. La technique la plus efficace à l’heure actuelle pour l’élimination d’une large gamme de PFAS dans l’eau reste la filtration par membranes de nanofiltration ou d’osmose inverse. Dans les environnements industriels où les eaux usées sont traitées, l’osmose inverse est souvent préférée au charbon actif car elle traite une grande variété de PFAS, sans nécessiter des remplacements fréquents.

Mais ces solutions présentent des limites. En effet, elles sont très énergivores et génèrent des sous-produits concentrés en PFAS, les « concentrats », qui posent des problématiques de gestion aujourd’hui non résolues. C’est pourquoi une deuxième génération de procédés émerge. Des technologies destructives commencent ainsi à se déployer. Des procédés d’oxydation avancée, comme l’ozonation, les UV couplés à l’eau oxygénée, ou encore l’électro-oxydation génèrent des radicaux libres capables de briser la liaison carbone-fluor, qui constitue la résistance chimique des PFAS.

Des solutions combinées apparaissent également, comme les approches mixtes développées par certains opérateurs, associant nanofiltration et adsorption sur charbon actif.

Du côté des microplastiques, la situation est plus complexe encore : les normes sont quasi inexistantes pour le moment, et les méthodes de mesure standardisées n’existent pas encore à l’échelle européenne.

Un défi systémique à venir

Au-delà des équipements, c’est toute la philosophie de la gestion de l’eau industrielle qui est en train de changer. Les investissements actuels créent des opportunités pour les entreprises spécialisées dans la dépollution : fournisseurs de charbon actif, fabricants de membranes, développeurs de technologies d’oxydation, laboratoires d’analyse. La facture globale de la décontamination des sols et des eaux pourrait atteindre 2 000 milliards d’euros sur vingt ans à l’échelle européenne. Un chiffre qui, à lui seul, en dit long sur l’ampleur du défi technologique qui attend les industriels et les pouvoirs publics dans les années à venir, afin de remporter un défi sanitaire hors normes.


https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/thematique/environnement/

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