Interview

La société Osé mise sur le soudage cobotique et l’innovation pour attirer de nouveaux profils

Posté le 7 novembre 2023
par Arnaud Moign
dans Informatique et Numérique

Les métiers de l’industrie sont en tension et c’est particulièrement vrai en ce qui concerne le soudage ! Dans ce contexte de pénurie de main-d’œuvre, les entreprises ont tout intérêt à gagner en attractivité si elles veulent maintenir leur croissance et sauver leur production. Recrutement exclusif de personnes en reconversion sans passer par la case CV, découverte des métiers “à l’aveugle”, implication obligatoire dans des projets de développement… Osé (Groupe O) a mis en place des pratiques innovantes, pour réussir à attirer de nouveaux profils et ainsi soutenir ses 40% de croissance annuelle ! Alexandre Publié, fondateur et dirigeant de ce groupe résolument tourné vers l’humain, nous a expliqué la démarche qu’il a mise en place.
Alexandre Publié, fondateur et dirigeant d’Osé et du groupe O. (crédit : Alexandre Moulard)

 La société Osé (Groupe O) est une PME spécialisée dans la conception et la fabrication de tôlerie industrielle.

Alexandre Publié en est le fondateur et dirigeant.

Osé a fait le choix de recruter exclusivement des personnes en reconversion et de les former à la cobotique pour pallier la pénurie de soudeurs.

Un choix gagnant, puisque l’entreprise affiche 40 % de croissance par an !

Techniques de l’ingénieur : On sait que les métiers de l’industrie sont en tension. Comment recrutez-vous vos soudeurs ?

Alexandre Publié : Ça fait des années qu’on ne fait plus la promotion des métiers de l’industrie auprès des jeunes et on le paye aujourd’hui. Même si l’on essaye dès maintenant de changer l’image de ces métiers, on sait qu’il faudra 10 ans pour voir les premiers profils arriver sur le marché de l’emploi. Actuellement on voit encore chaque année disparaître des formations de soudeur et de monteur industriel dans les lycées professionnels.

Que faire face à cette situation ? Il manque énormément de soudeurs en France, 650 rien que sur la Région Auvergne-Rhône-Alpes ! Parce qu’ils sont très recherchés, les soudeurs de métiers sont un peu devenus les divas de l’industrie. Ils changent d’entreprise régulièrement, attirés par des salaires toujours plus élevés, sans s’attacher aux entreprises. Pour les entreprises, ça ne crée pas de valeur ajoutée sur le long terme et ça ne les aide pas à grandir.

Nous avons fait un choix radicalement différent. Dans le groupe O, 90 % des 37 salariés ne sont pas issus du métier. Notre principal levier de recrutement, c’est Pôle Emploi. Nous ne voulons plus de soudeurs de métier, car ce sont des profils trop fermés au changement, effrayés par la cobotique et qui ne veulent pas sortir de leur zone de confort. Au contraire, une personne en reconversion est beaucoup plus ouverte et immédiatement efficace sur un cobot.

Et comment faites-vous pour être attractif ? La cobotique suffit-elle ?

Elle y contribue, mais le groupe O est aussi particulièrement actif sur la partie recrutement. Nous avons un partenariat avec Pôle Emploi et nous organisons deux fois par an des « découvertes à l’aveugle » des métiers que nous proposons. Le principe est simple : les personnes en reconversion sont convoquées et viennent découvrir les entreprises. Elles ne savent pas à l’avance ce que sera le métier et le découvrent avec les salariés. À la fin, nous leur laissons un temps d’échange et le candidat se fait sa propre expérience du métier.

Cette méthode est efficace, bien plus que le processus traditionnel CV/entretien. Les CV nous ne les regardons même pas, car parfois les parcours sont faux et bien souvent ils font ressortir des difficultés personnelles qui ne concernent pas le recruteur. Voilà pourquoi, quand les gens nous donnent leur CV, nous le découpons pour ne garder que la partie coordonnées.

Ce mode de fonctionnement atypique vient d’une conviction personnelle. Lorsque j’étais directeur de site, avant d’être à mon compte, j’ai côtoyé des dirigeants qui avaient peu de considération pour les salariés. Or, un salarié a beau être bien payé, s’il n’a pas l’écoute, le respect et la considération, ça ne marchera jamais longtemps.

Nous sommes donc très attachés au côté humain et nous voulons leur donner envie de faire vivre leur métier. Comme nos profils ne sont pas formatés, ils sont très ouverts au développement. Par exemple, chez nous, chaque salarié, quel que soit son poste, travaille sur un projet de développement de manière autonome. Un vendredi tous les 15 jours est même dédié à ces projets !

L’équipe d’Osé et ses cobots de soudage (crédit : Alexandre Moulard)

Selon vous, le soudage cobotisé permet-il d’améliorer la qualité des soudures, par rapport au soudage manuel ?

C’est ce que nous constatons au quotidien ! Prenez deux personnes, un soudeur de 50 ans et quelqu’un qui n’a jamais soudé. Le novice sera beaucoup plus efficace en soudage cobotisé.

Il y a une raison inconsciente à ça : souvent, le soudeur expérimenté fait les choses mécaniquement, de manière instinctive. Il est en quelque sorte « marqué par la soudure ». Il adapte sa vitesse et sa hauteur de soudage en direct, en fonction du bruit et de ce qu’il observe. Quand on lui met un cobot dans les mains, il passe peu de temps sur la préparation des points et les soudures sont moins précises.

À l’inverse, une personne qui n’a jamais soudé, vous lui dites : « règle à telle hauteur l’inclinaison ». La personne s’y tient et obtient immédiatement une soudure de qualité.

Attention, ça ne veut pas dire que les soudeurs n’ont pas de vraies compétences ! Pour les applications complexes, le soudage manuel est nécessaire et demande un réel savoir-faire. Mais ces cas représentent moins de 10 % des applications en soudage, pour le reste, la cobotique donne d’excellents résultats.

Nous avons même découvert quelque chose que nous n’avions pas anticipé : le soudage cobotique permet, dans une certaine mesure, de former des gens à la soudure manuelle !

Pourquoi dites-vous que le soudage cobotique peut former à la soudure manuelle ?

J’ai un exemple très parlant. Il y a 6 ans, lorsque nous avons reçu notre premier cobot, nous avons embauché Nicolas, un jeune de 23 ans titulaire d’un CAP mécanique agricole et d’un CAP paysagiste, donc pas du tout soudeur de métier. Un jour, en période estivale, l’un de nos soudeurs a dû s’absenter pour raison personnelle. La pièce n’étant pas soudable avec l’aide du cobot, nous n’avions donc pas le choix que de souder à la main.

Je lui ai demandé d’essayer, pour voir et il s’en est très bien sorti !

Il se trouve qu’après avoir suivi tout le développement du cobot chez nous pendant deux ans, cet employé a appris, de manière inconsciente, à positionner une torche de soudage et à régler les différents paramètres, comme l’intensité.

Au final, le travail réalisé valait celui d’un soudeur manuel avec cinq ans d’expérience ! À tel point que par la suite nous l’avons passé sur un poste en soudage manuel.


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