Opération qui consiste à saler une denrée alimentaire pour faciliter sa conservation, notamment la viande et le poisson. Définit aussi les aliments ainsi conservés.
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Définition : salaison : définition et propriétés
Le sel ne conserve pas les aliments, il les assèche
La formule courante attribue au sel un pouvoir antiseptique direct. Le mécanisme réel est plus indirect et plus intéressant : le sel ne tue pas les micro-organismes, il leur retire l'eau dont ils ont besoin.
La grandeur qui commande tout s'appelle l'activité de l'eau, notée aw. Elle mesure la disponibilité de l'eau pour les réactions biologiques, et non sa quantité. Une viande fraîche se situe autour de 0,99, valeur qui autorise le développement de la quasi-totalité des flores. Le sel qui pénètre dans le tissu se dissout dans l'eau libre, la mobilise autour de ses ions et fait chuter cette activité. Le milieu reste humide au toucher mais devient hostile.
Les seuils sont connus et expliquent la conservation des aliments par le sel. Sous 0,91 environ, la plupart des bactéries pathogènes cessent de croître ; Staphylococcus aureus résiste plus bas, jusque vers 0,86, ce qui en fait le germe dimensionnant des salaisons sèches. Les levures et moisissures osmophiles se maintiennent bien en dessous, jusque vers 0,60 à 0,70, ce qui explique les fleurs de surface d'un saucisson correctement affiné, phénomène recherché et non subi. Les mécanismes sont développés dans l'eau et la conservation des aliments.
Grandeur déterminante
activité de l'eau aw
Viande fraîche
aw voisine de 0,99
Arrêt de la plupart des bactéries pathogènes
aw inférieure à 0,91 environ
Limite de Staphylococcus aureus
aw voisine de 0,86
Levures et moisissures osmophiles
actives jusque vers 0,60 à 0,70
Sel employé
chlorure de sodium, NaCl
Additifs nitrités
E249 et E250 pour les nitrites, E251 et E252 pour les nitrates
Germe visé par les nitrites
Clostridium botulinum
Cadre réglementaire en vigueur
règlement (UE) 2023/2108, applicable depuis le 9 octobre 2025
Trois voies de salage
salage à sec, saumurage par immersion, injection de saumure
Le sel agit par une seconde voie, moins visible. Au-dessus d'une certaine concentration, il solubilise les protéines myofibrillaires de la viande, qui deviennent capables de retenir l'eau et de lier les morceaux entre eux à la cuisson. C'est ce phénomène qui donne sa tenue à un jambon cuit et sa cohésion à une pâte de saucisse, et non un quelconque additif liant.
Salage à sec, saumurage, injection : trois méthodes et leurs usages
Les techniques de salage se ramènent à trois familles, dont le choix dépend du produit visé et du temps disponible.
Le salage à sec consiste à frotter ou recouvrir la pièce de sel, éventuellement additionné d'épices et de sels nitrités. Le sel dissout l'eau de surface, forme une saumure naturelle et migre lentement vers le cœur. Lent, exigeant en surveillance, il reste la méthode des jambons secs et des pièces nobles, où la migration progressive contribue à la texture finale.
Le saumurage par immersion place la pièce dans une solution de sel. La pénétration est plus régulière qu'en salage sec, la maîtrise de la concentration plus simple, et le procédé se prête bien aux poissons et aux petites pièces. Il exige en revanche de gérer la saumure elle-même, qui se charge en protéines au fil des bains.
L'injection de saumure, à l'aide de rampes multi-aiguilles, distribue le sel directement dans la masse en quelques secondes, souvent complétée par un barattage sous vide. C'est la voie des produits cuits fabriqués en série, où elle réduit le temps de salage de plusieurs jours à quelques heures.
Aucune de ces trois voies ne suffit à elle seule à faire un produit. Elles sont suivies d'un temps de repos, pendant lequel le sel s'égalise dans la pièce, puis, selon les cas, d'une cuisson, d'un séchage, d'un fumage ou d'une fermentation. La série consacrée aux produits de charcuterie détaille ces enchaînements famille par famille, et la préparation de la matière première est traitée dans première transformation des viandes bovines.
Nitrites et nitrates : la question la plus sensible de la filière
Le salpêtre est utilisé depuis le Moyen Âge dans les salaisons, bien avant que son mode d'action ne soit compris. Il s'agit de nitrate de potassium, que la flore présente réduit progressivement en nitrite, lequel est la molécule réellement active.
Ce nitrite remplit quatre fonctions simultanées, ce qui explique la difficulté à le remplacer. Il se combine à la myoglobine pour donner le pigment rose stable caractéristique du jambon et du saucisson. Il contribue au goût propre des produits de salaison, qu'aucun autre ingrédient ne reproduit. Il freine l'oxydation des lipides, donc le rancissement. Et surtout, il inhibe Clostridium botulinum, la bactérie responsable du botulisme, dont les conditions de développement, milieu peu acide, pauvre en oxygène, correspondent exactement à celles d'une charcuterie.
Le revers est documenté. Dans certaines conditions, en particulier à haute température, les nitrites peuvent conduire à la formation de nitrosamines, composés dont plusieurs sont préoccupants. En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer a classé les viandes transformées comme cancérogènes pour l'homme, et l'Anses a recommandé en 2022 de réduire l'exposition de la population aux nitrites et nitrates.
La réponse réglementaire européenne est intervenue avec le règlement (UE) 2023/2108 du 6 octobre 2023, qui abaisse les teneurs maximales autorisées et change leur mode d'expression : les limites ne sont plus formulées en nitrite de sodium mais en ion nitrite, ce qui n'est pas une subtilité de notation puisque la conversion modifie les valeurs comparables. Le texte s'applique depuis le 9 octobre 2025, après une période d'adaptation de deux ans, et prévoit des dispositions spécifiques pour certaines charcuteries traditionnelles, dont les procédés longs ne tolèrent pas la même réduction. Les fabricants travaillent en parallèle sur des voies de substitution, bouillons de légumes riches en nitrate naturel, cultures bactériennes protectrices, acidification maîtrisée, aucune ne couvrant à ce jour l'ensemble des quatre fonctions. Le cadre sanitaire complet est exposé dans maîtrise de la qualité et de la sécurité sanitaire des produits de charcuterie.
Séchage, fermentation, affinage : ce qui se passe après le sel
Une pièce salée n'est pas encore un produit. Ce sont les semaines suivantes qui construisent la texture et les saveurs.
Pour les produits secs, le séchage évacue l'eau et fait descendre l'activité de l'eau jusqu'au niveau de stabilité visé. L'opération est plus délicate qu'elle n'en a l'air : un séchage trop rapide durcit la périphérie et bloque la migration de l'eau du cœur, défaut connu sous le nom de croûtage, qui laisse un centre humide et vulnérable sous une surface d'apparence correcte. Les couples température et humidité relative se pilotent donc par paliers, sur des durées qui se comptent en semaines ou en mois selon le calibre.
Les produits fermentés, saucissons et salamis, ajoutent une étape biologique. Une flore lactique, spontanée ou apportée sous forme de ferments sélectionnés, transforme les sucres ajoutés en acide lactique. Le pH descend, ce qui inhibe les flores indésirables, favorise la déshydratation en rapprochant la viande de son point isoélectrique, et installe l'acidité caractéristique du produit. La combinaison acidification puis séchage constitue le vrai verrou sanitaire de ces aliments, le sel n'en étant que le déclencheur.
L'affinage est la phase lente qui suit. Les enzymes de la viande et celles de la flore de surface dégradent progressivement protéines et lipides en composés de petite taille, peptides, acides aminés libres, aldéhydes, qui portent l'essentiel de l'arôme. C'est là que se joue la différence entre un produit correct et un produit remarquable, et c'est aussi la partie du processus la plus difficile à accélérer sans perte. Le fumage, lorsqu'il intervient, apporte des composés antimicrobiens et antioxydants en plus de son effet aromatique, et complète la conservation plutôt qu'il ne la remplace.
Ce que le mot désigne aujourd'hui
L'usage a fait glisser le terme du procédé vers le produit. Les salaisons désignent couramment la famille des viandes salées, jambons secs et cuits, épaules, poitrines, bacons, ainsi que les poissons salés, hareng, morue, saumon. La distinction avec la charcuterie n'est pas étanche : la charcuterie recouvre l'ensemble des préparations à base de viande, qu'elles soient salées, cuites, fermentées ou en conserve, tandis que la salaison renvoie d'abord au traitement par le sel.
Une confusion mérite d'être levée, celle avec la saumure de conservation des légumes. Cornichons, olives, choucroute relèvent d'un tout autre mécanisme, la fermentation lactique en milieu salé, où le sel sélectionne la flore utile plutôt qu'il n'assèche le produit. Le mot salaison ne s'applique pas à ces préparations.
Enfin, la teneur en sel des produits de salaison est devenue un objet de travail à part entière, sous l'effet des recommandations de réduction des apports sodés. La marge de manœuvre est étroite, puisque le sel est ici un ingrédient de sécurité et de texture avant d'être un exhausteur. Les voies explorées combinent substitution partielle par des sels de potassium, redistribution du sel dans la masse et adaptation des recettes, chacune se heurtant à la même limite : en dessous d'un certain seuil, l'activité de l'eau ne descend plus assez et le produit change de nature.
Questions fréquentes à propos de salaison : définition et propriétés
Qu'est-ce que la salaison ?
L'opération qui consiste à incorporer du sel à une denrée, principalement viande ou poisson, pour abaisser l'activité de son eau et en ralentir l'altération microbienne. Par extension, le mot désigne les produits qui en résultent, jambons, saucissons, lards et poissons salés.
Comment le sel conserve-t-il les aliments ?
En rendant l'eau indisponible plutôt qu'en détruisant les micro-organismes. Le sel dissous mobilise l'eau libre du tissu et fait chuter l'activité de l'eau. Sous 0,91 environ, la plupart des bactéries pathogènes ne se développent plus ; le produit reste humide mais cesse d'être un milieu de culture.
Quelle est la différence entre salaison et charcuterie ?
La salaison désigne d'abord un procédé, la conservation par le sel, et par extension les produits qui en sont issus. La charcuterie est une catégorie plus large, qui regroupe toutes les préparations à base de viande, y compris celles qui ne reposent pas sur le sel comme les pâtés, les terrines ou les produits appertisés.
Pourquoi utilise-t-on des nitrites dans les salaisons ?
Pour quatre raisons cumulées : ils inhibent Clostridium botulinum, responsable du botulisme, fixent la couleur rose caractéristique en se combinant à la myoglobine, participent à la flaveur propre des produits salés et freinent le rancissement des graisses. Aucune alternative connue ne remplit à ce jour ces quatre fonctions à la fois.
Quelle est la réglementation actuelle sur les nitrites ?
Le règlement (UE) 2023/2108 du 6 octobre 2023 a abaissé les teneurs maximales de nitrites et de nitrates autorisées comme additifs et les exprime désormais en ion nitrite et en ion nitrate, et non plus en sels de sodium. Applicable depuis le 9 octobre 2025, il prévoit des dispositions particulières pour certaines charcuteries traditionnelles.
Combien de temps dure une salaison ?
De quelques heures à plusieurs mois selon le produit et la voie retenue. Une injection de saumure sur un jambon cuit se compte en heures, un salage à sec suivi d'un repos en jours ou en semaines, et le séchage puis l'affinage d'un jambon sec ou d'un gros saucisson en mois. La durée est imposée par la migration du sel et par la vitesse à laquelle l'eau peut quitter la pièce sans la croûter.