Parler de ciment osseux en chirurgie orthopédique, il y a 20 ans, revenait à évoquer uniquement une résine synthétique, de type acrylique, résultant de la polymérisation du méthacrylate de méthyle. Ces ciments possèdent des propriétés mécaniques qui permettent notamment leur utilisation pour la fixation de prothèses ou le comblement de défauts vertébraux. Pourtant, leurs caractéristiques physico-chimiques restent très éloignées de l'environnement biologique de leur site d'implantation, c'est pourquoi les chercheurs et praticiens développent depuis quelques dizaines d'années des substituts osseux à base de phosphates de calcium (CaP), dont la composition chimique se rapproche de l'os et qui peuvent dès lors subir eux aussi le cycle naturel du remodelage osseux.
D'abord utilisés comme biocéramiques, ces substituts osseux sous la forme de ciment auto-durcissable in vivo élargissent fondamentalement les indications thérapeutiques en permettant à ces substituts bioactifs de s'adapter parfaitement aux défauts osseux à combler. Cela a cependant représenté un nouveau challenge pour ces biomatériaux bioactifs en termes d'injectabilité, de temps de prise et de résistance mécanique. Ces ciments ont déjà fait leur preuve en chirurgie orthopédique et dentaire, mais certaines de leurs propriétés doivent encore être améliorées. Un nouveau défi consiste notamment à utiliser ces ciments phosphocalciques comme supports de principes actifs afin d'apporter une réponse thérapeutique dans des contextes cliniques jugés critiques (ostéoporose, infection, inflammation, irradiation...). Après avoir rappelé le contexte général des ciments de comblement osseux, cet article se focalise sur les ciments phosphocalciques actuellement utilisés, ainsi que sur les nouvelles générations de ces dérivés.