Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde, il s’agit maintenant de le transformer. » Karl Marx
C’est un euphémisme de dire que la construction ne jouit pas d’une renommée très positive. Certes, certains ouvrages relevant du génie civil attirent l’attention du fait de leur caractère exceptionnel. Mais la production courante ne cesse d’appeler des récriminations tant pour leur qualité d’exécution que pour leur coût d’acquisition.
Ce constat n’est pas seulement une humeur inhérente face à une profession qui n’a jamais dépassé une organisation dite vernaculaire. Il est beaucoup plus profond puisqu’il concerne aussi l’accès au logement encore loin de répondre aux besoins collectifs. Pourtant ce qui surprend le plus c’est la récurrence de cet état. Les rapports très renseignés sur cette situation se succèdent périodiquement mais n’induisent aucun changement structurel. La productivité du secteur reste toujours aussi décriée malgré des mesures d’accompagnement incitatif qui s’avèrent inopérantes.
Pour s’en tenir au contexte français les pouvoirs publics ont entrepris des politiques successives sans succès puisque chacune s’est soldée par une remise en cause. La préfabrication du logement collectif a cédé le pas à la construction individuelle elle-même critiquée par son effet de mitage et de destruction de l’environnement naturel. L’appel à l’initiative du secteur privé n’a pas eu plus de réussite. En fait, une certaine fatalité semble devoir accompagner ce secteur économique pourtant essentiel à l’activité du pays puisqu’il en est le premier en termes de contribution au PIB national.
Cependant, la pandémie que nous subissons va peut-être offrir les conditions d’une nouvelle mise en perspective de cette question.
À bien y réfléchir ce problème n’a jamais été abordé sur le fond mais a toujours été traité sur un mode d’ordre technique. Pour être plus explicite encore il n’a jamais été envisagé d’un point de vue sociétal. La question urbaine a bien été soulevée dans les années 70 mais n’a jamais reçu une écoute réelle puisqu’elle a été cantonnée à une querelle politique de peu de poids vis-à-vis de l’inertie de ce secteur industriel. Avec la crise sanitaire actuelle les termes du débat redeviennent d’actualité puisque c’est la nature même de l’urbain qui est remis en cause. La discussion n’est plus seulement un problème technique de productivité, elle porte sur la nature de l’objet construit lui-même.
La crise sanitaire actuelle remet en cause les finalités de ce secteur économique. Construire certes mais dans quel objectif ? Cette formulation n’est pas neutre car elle soulève deux problématiques à savoir :