Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’économie des sociétés
occidentales a été caractérisée par des phases successives d’évolution.
La première, communément nommée « les trente glorieuses » période
allant de 1945 à 1975, est définie par une prospérité économique sans
précédent. Le plan Marshall d’aide à la reconstruction de l’Europe
aura un effet considérable sur l’économie du vieux continent. Au cours
de ces trente années, il faut reconstruire plus qu’innover. Dès lors,
les industriels font appel aux savoirs et connaissances maîtrisés
dans le cadre de processus de planification et de production de masse.
À cette époque, nous voyons apparaître des méthodes de travail structurées
et structurantes comme l’Analyse de la Valeur.
Les trente années suivantes s’inscrivent dans une économie progressivement
mondialisée. Cela entraîne un renforcement des processus de rigueur
et de performance. Ces années, désignées comme « rugueuses » sont
le lieu d’une intensification de la rationalisation des activités
de production et de diversification des approches concurrentielles
soutenues par l’émergence de nouveaux champs technologiques et l’accroissement
des interactions dues à la mondialisation. Des méthodes sont élaborées
dans une approche structuraliste basée sur les années antérieures.
À ce titre, la méthode LEAN Manufacturing dérivée successivement du
Taylorisme, du Fordisme et de l’Ohnisme, en est un bel exemple.
Selon Latour, une nouvelle ère, définie par l’injonction contradictoire
suivante, est devant nous ; « d’un côté, “innover ou mourir” ; de
l’autre, “faire attention ou périr” ! De quoi rendre fou, en effet.
Que peut bien vouloir dire “innover précautionneusement” ? ».
Dans le domaine du Génie Industriel, ce concept d’innovation,
exprimé de façon moins explicite, voire moins étendu, est néanmoins
développé tant par des chercheurs que par des chefs de grandes sociétés.
En février 2011, le site « Engadget » publiait un memo de Stephen
Elop, PDG de Nokia, faisant le constat d’un échec cinglant en ces
termes :
« Nous [Nokia] ne nous battons même pas avec les bonnes armes
[...] La bataille des appareils est devenue une bataille d’écosystèmes,
où les écosystèmes en question sont formés, non seulement par le logiciel
et le matériel de l’appareil, mais aussi par les développeurs, les
applications, la vente, la publicité, la recherche, les applications
sociales, les services de géo-localisation, les communications unifiées,
et d’autres aspects encore. Nos concurrents ne nous prennent pas de
parts de marché avec des appareils, ils nous prennent des parts de
marché avec des écosystèmes complets ».
La mutation, la déliquescence ou l’expansion des marchés se produisent
de...