L’essai de dureté, sous sa forme la plus courante, consiste à
enfoncer, avec une force donnée, normalement à la surface d’une pièce,
un indenteur de faible déformabilité (cône ou sphère en diamant, carbure
de tungstène lié cobalt ou acier extra-dur) et à mesurer une longueur
caractéristique de la réponse du matériau de la pièce : enfoncement
de l’indenteur, dimension de l’empreinte résiduelle. Il est le plus
souvent utilisé pour
contrôler l’état d’une pièce métallique
après élaboration, mise en forme, traitement thermique, traitement
de surface… Son caractère local en fait par ailleurs un outil irremplaçable
pour caractériser les hétérogénéités de propriétés mécaniques des
pièces massives ou les films minces déposés à leur surface ; par ailleurs,
le caractère compressif de l’état de contrainte engendré permet d’explorer
les capacités de déformation plastique de matériaux fragiles comme
les matériaux à outils ou les pièces poreuses qui se rompent prématurément
dans le domaine élastique en traction. La signification physique des
grandeurs mesurées est par contre assez souvent mal connue des praticiens.
En fait, correctement mené et interprété, il permet, à l’instar des
essais rhéologiques du type traction ou torsion (cf. article [M 4 151]
« Lois de comportement des métaux. Élasticité. Viscoélasticité »)
la mesure à l’échelle locale de la courbe d’écrouissage, du module
d’Young du matériau testé, voire de sa ténacité
s’il est fragile
et, si l’essai est pratiqué à chaud, ses
propriétés de viscoplasticité
et de fluage
. En effet, la pénétration de l’indenteur produit
une déformation plastique dans les matériaux métalliques courants
sous un état de contrainte compressif ; mais l’extérieur de la zone
de contact est le siège de contraintes de traction qui peuvent y engendrer
un endommagement sous forme de fissures, voire d’enlèvement de matière
pour les matériaux fragiles du type matériaux à outils. On y voit
également l’émergence des plans de glissement du matériau.
Le but de cette série d’articles, divisée en deux parties, est
de présenter ces divers aspects des essais de dureté. La première
partie est consacrée à l’analyse théorique de l’essai d’indentation
réalisé avec diverses formes d’indenteurs. Dans cet article [M 4 154],
après un bref historique mettant bien en évidence les difficultés
rencontrées par des scientifiques pour définir précisément une grandeur
physique « dureté » (§ 1), nous rappelons brièvement les caractéristiques
du comportement élastoplastique d’un alliage métallique déformé à
froid et à chaud et analysons qualitativement l’essai d’indentation
(§ 2). Dans un deuxième article [M 4 155], nous présentons les analyses
théoriques de l’essai de dureté...