Les nanophases métalliques sont présentes dans des applications
aussi variées que l’électrotechnique, l’électronique, le numérique
et l’information, la chimie et la santé. Leur utilisation est soit
intentionnelle, afin d’exploiter les propriétés spécifiques de l’échelle
nanométrique, soit subie, dans la tendance toujours plus forte à la
miniaturisation des produits. L’objectif de cet article est de montrer
et de comprendre pourquoi de nouvelles propriétés apparaissent quand
un matériau devient ce que l’on appelle un nanomatériau. On se limite
aux métaux et alliages métalliques à l’état solide, mais la démarche
peut se généraliser à tous les types de phases. Il est d’ailleurs
parfois fait référence, pour illustrer le propos, aux céramiques et
aux polymères, et à l’état liquide. On pourrait penser qu’il s’agit
seulement de changer la nature de la liaison chimique. Pourtant, cela
a de fortes répercussions : le métal est par exemple ductile, la céramique
fragile. L’intérêt de se restreindre aux métaux est que la plupart
des propriétés sont abordables sous l’angle de la physique classique,
par « opposition » à la physique quantique.
Sous-jacent à l’objectif principal, il s’agit ici pour le lecteur
de bien comprendre ce que sont les nanophases et les nanomatériaux,
d’en donner une définition claire, et donc de se munir d’une méthode
pour identifier le passage de l’état de la matière standard à l’état
nano. Avant d’aborder cet aspect, il peut être légitime de se demander
s’il y a un quelconque intérêt à découvrir de nouveaux matériaux,
dont font partie la plupart des nanomatériaux. L’article ne sera pertinent
que s’il est convainquant sur ce point.
Il faut aussi noter qu’une autre façon d’aborder les nanophases
– autre que la recherche de nouvelles propriétés –, c’est le fait
de les subir. Nous savons tous que les technologies tendent vers toujours
plus de miniaturisation. Les composants de nos ordinateurs, nos téléphones,
mais aussi des moteurs d’essuie-glace de nos véhicules (!) sont de
plus en plus de faibles dimensions. Le passage à la nanophase a parfois
pour effet de produire de nouveaux comportements. Ashby
a montré dans les
années 1970 pourquoi un objet métallique ductile devient fragile à
très petites dimensions. En 1949, Taylor