L’électrochimie procure, par nature, une contribution de toute
première importance au développement des nanosciences. Il suffit pour
cela de réaliser, par exemple, que des processus élémentaires de corrosion
ou d’électrocristallisation modifient l’aspect et la composition d’interfaces
métal/solution à l’échelle atomique, avec des répercussions évidentes
à l’échelle nanométrique. Par ailleurs, l’électrochimie permet, dans
une approche principalement de type
bottom-up
,
de former sur des surfaces conductrices des structures diverses et
variées, cristallines ou amorphes, organiques, inorganiques ou métalliques,
à partir de solutions contenant des espèces dissoutes, ioniques ou
neutres, monoatomiques ou moléculaires. Ces structures peuvent prendre
la forme de dépôts localisés plus ou moins clairsemés ou bien encore
de films fins uniformes. Par le biais d’un contrôle rigoureux des
conditions de dépôt (paramètres électrochimiques, composition de la
solution électrolytique utilisée, etc.), l’électrochimie permet donc
d’accéder, dans la région de l’interface conducteur électronique/solution,
à une grande diversité de nanoobjets (nanoplots, nanofils, nanotubes,
nanocristaux, nanoparticules, nanomotifs, films d’épaisseur submicrométrique,
etc.) dont une au moins des dimensions se limite à quelques nanomètres.
De plus, les techniques électrochimiques classiques offrent l’accès
à la caractérisation directe, globale ou locale, de la réactivité
électrochimique ou de la composition chimique d’interfaces électrochimiques.
Elles permettent aussi l’étude, parfois indirecte, d’un certain nombre
de propriétés, comme le métabolisme de systèmes biologiques (par exemple
des cellules)
via
la détection électrochimique
de ses métabolites (surtout lorsque ceux-ci sont électroactifs bien
sûr).
À l’échelle locale, les propriétés (électro)chimiques et topographiques
d’un échantillon sont accessibles à l’aide de la microscopie électrochimique
(SECM pour
Scanning ElectroChemical Microscopy
), grâce à l’utilisation d’une électrode miniaturisée jouant le rôle
de sonde. La SECM est une technique de microscopie à sonde locale,
qui offre la possibilité d’imager la réactivité électrochimique d’échantillons
de différentes natures, ou d’en modifier localement les propriétés.
Elle permet d’examiner la surface d’échantillons en les balayant par
des électrodes miniaturisées, qui recueillent un signal indicatif
de la réactivité rédox locale de ceux-ci, et donnent ainsi une image
de la surface à l’échelle micrométrique. L’utilisation de la SECM
constitue une avancée majeure de l’électrochimie, rendue possible
par la miniaturisation des électrodes et par la possibilité de mesurer
de très faibles courants....