Depuis la Seconde Guerre mondiale, les sonars passifs jouent un
rôle clef dans la lutte sous-marine, car ils permettent la détection
de cibles tout en restant discrets et économes en énergie. Par ailleurs,
les contraintes d’emplois des sonars actifs sont de plus en plus fortes :
protection de la faune, coordination des émissions lors des opérations
conjointes avec d’autres marines. Même si les budgets alloués à la
détection sous-marine (DSM) passive ont décru depuis la fin de la
guerre froide, ce secteur d’activité a gardé un certain dynamisme
car les menaces sont certes moins nombreuses mais de plus en plus
silencieuses, donc de plus en plus difficiles à détecter.
Nous présentons ici les notions de bases relatives à la DSM passive,
domaine qui touche à des disciplines très diversifiées allant de l’hydrodynamique
au traitement du signal en passant bien évidemment par l’acoustique.
Le but de cet article n’est donc pas de faire du lecteur un ingénieur
sonariste aguerri, mais de lui permettre d’acquérir les éléments de
base permettant d’accéder aux nombreux mais volumineux ouvrages traitant
de la DSM passive. La présentation des notions élémentaires de la
DSM suit le cheminement du signal rayonné par les bruiteurs (navires,
cargos, sous-marins, faune sous-marine, plates-formes offshores, etc.).
Ce signal source se propage ensuite dans l’eau pour être reçu par
des antennes puis traité et présenté à l’opérateur. Nous avons retenu
cet ordre car il correspond à l’écriture habituelle des termes de
l’équation sonar en passif. Nous ne traitons pas ici des fonctions
plus en aval comme le pistage, l’identification/classification ou
la localisation par télémétrie ou trajectographie passive. Nous nous
sommes donc limités au niveau de ce que l’on nomme la primo-détection,
c’est-à-dire la décision binaire de présence ou non d’une source (unique)
dans une direction donnée.
Afin que le lecteur ait d’emblée une idée de l’utilisation pratique
des sonars passifs, nous débutons par la description de trois exemples
réels de détection passive en mer. Le premier exemple est relatif
au sonar d’un cuirassé de la Seconde Guerre mondiale, le Prinz Eugen.
Le deuxième date de la guerre froide et porte sur un réseau sous-marin
surveillant le passage entre le Groenland, l’Islande et le nord du
Royaume-Uni. Le troisième est plus récent et concerne la détection
des balises de détresse des boîtes noires des avions perdus au fond
des océans. Pour ces trois situations, des portées de détections sont
accessibles dans la littérature ouverte, ce qui, dans ce domaine ô
combien secret, est relativement rare. Le jeu sera de savoir si ces
portées sont réalistes et si oui, dans quelles conditions. La résolution
de ces exemples applicatifs de l’équation sonar est proposée en fin
d’article.
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