Décryptage

Mobilité électrique : une décennie décisive

Posté le 30 janvier 2019
par Pierre Thouverez
dans Énergie

L’électrification des transports est un enjeu majeur et une révolution en cours. Comment la France va t-elle négocier ce virage, alors que la PPE table sur un arrêt des ventes de véhicules thermiques neufs en 2040 ?

1,2 million de voitures particulières électriques circuleront en France en 2023, puis 4,8 millions en 2028. C’est en tout cas ce qui est prévu par la PPE.

Pour soutenir cette ambition, le gouvernement prévoit notamment une prime à la conversion qui toucherait 1 million de bénéficiaires. Enfin, le développement du réseau de bornes de recharge est prévu.

En effet, en mai 2018, l’Etat et la filière automobile ont signé un contrat stratégique de filière, qui court jusqu’en 2022 et s’engage sur l’installation de 100 000 bornes de recharge sur le territoire (contre 23 000 aujourd’hui), ainsi que sur la multiplication par 5 des ventes de véhicules électriques, également d’ici 2022.

Prévoir la fin des véhicules thermiques

La PPE, en actant la fin de la vente de véhicules thermiques neufs pour 2040, suit les prévisions faites par différents cabinets d’études, s’accordant sur un parc automobile électrique d’environ 50% en 2030 au niveau mondial.

L’enjeu est bien évidemment de savoir si la France va se placer dans la compétition industrielle internationale qui fait déjà rage au niveau mondial, principalement autour des batteries.

Certains analystes voient déjà notre pays exclu de la course aux batteries. L’Asie a pris de l’avance, les Etats-Unis aussi. En Europe, l’Allemagne investit beaucoup dans deux grands projets d’usines de fabrication de batteries, ainsi que la Suède, notamment grâce au plan Junker.

Côté français, la société Saft, rachetée par Total en 2016, est engagée avec des partenaires européens dans un projet de construction d’une usine de production de batteries (1GWh, à comparer avec les projets allemands – 34 GWh – et suédois – 32 GWh).

La Giga factory de Tesla affiche la volonté de franchir les 50 GWh en 2020.

La Giga bataille des batteries

L’innovation technologique en termes de batterie électrique pour l’automobile ne fait que commencer. Aujourd’hui, le prix de ces batteries et le fait qu’elles contiennent des matériaux de plus en plus rares et/ou chers (cobalt, lithium entre autres) pénalisent encore trop lourdement le prix d’achat des véhicules équipés sur le marché. Ceci oblige à innover, maintenant.

La aussi, la France peut avoir un rôle à jouer. Prenons l’exemple de la startup Tiamat. Pour se passer du cobalt dont le prix d’achat est très élevé, Tiamat développe une technologie Na-ion, au sodium, qui s’affranchit du lithium et du cobalt. Cette technologie pourrait trouver des débouchés pour la mobilité électrique, mais aussi pour le stockage stationnaire.

A côté de la mobilité électrique, la mobilité hydrogène tente de se faire une place. Si la PPE ne la mentionne pas spécifiquement, les éléments du plan Hulot sont repris, avec l’ambition de faire circuler une flotte de 5 000 véhicules à hydrogène disposant pour se recharger d’une centaine de stations, le tout en 2023. Des investissements à hauteur de 100 millions d’euros serviront ces ambitions dès 2019.

Aujourd’hui le véhicule à hydrogène, s’il est compétitif en termes d’autonomie et de temps de charge, ne l’est pas du tout au niveau du prix d’achat. Ceci est dû – entre autres – à l’usage de platine, un matériau extrêmement cher, pour fabriquer la pile à combustible, élément de base de la voiture à hydrogène. Là aussi, l’innovation fera baisser les prix dans les 10 ans qui viennent. A quelle rythme ? On ne sait pas. Mais l’hydrogène permet une multitude d’usages et c’est sans aucun doute son meilleur atout.

On saura dans les prochaines années si la PPE a mis la France sur une trajectoire suffisamment ambitieuse, pour que la croissance de la mobilité électrique en France draine un tissu industriel compétitif dans son sillage.


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