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Décryptage

Energies renouvelables : Et en même temps…

Posté le par Pierre Thouverez dans Énergie

Le PPE a laissé un goût d’inachevé à la filière des énergies renouvelables pour deux raisons. D’abord, le choix de miser sur des énergies matures laisse sur le bord du chemin des technologies pourtant prometteuses. Ensuite, les ambitions – mesurées – affichées pour la décennie à venir par la PPE pour les renouvelables confirment que la France est un pays plutôt conservateur sur ce domaine.

Certains verront le verre d’eau à moitié plein, d’autres à moitié vide.

En maintenant l’objectif de réduire de 71,6% à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité en France entre 2017 et 2035, la PPE a acté une montée en puissance du développement des énergies renouvelables pour les dix prochaines années.

« Nous faisons le choix de développer des technologies fiables, éprouvées et compétitives, comme l’éolien terrestre et posé en mer, et le solaire photovoltaïque, qui ont des coûts de plus en plus proches des prix de marché », a confirmé François de Rugy.

Les objectifs affichés sont :

  • des investissements en augmentation (passage de 5 milliards d’euros cette année à 8 milliards dès 2019) ;
  • des simplifications réglementaires dans l’éolien ;
  • une hausse de l’éolien terrestre, de 11GW en 2017 à 24,6GW en 2023 puis 35GW en 2028 ;
  • le solaire – 7GW aujourd’hui – en augmentation à plus de 20GW en 2023 pour dépasser les 40GW en 2028 ;
  • l’éolien offshore – absent pour le moment en France – programmé à 2,4GW en 2023 et à 5GW en 2028.

L’objectif global affiché est de passer de 17% d’électricité renouvelable en 2017 (48,6GW installés) à 40% en 2030 (105GW installés).

Miser sur les atouts existants

Comme annoncé, on assiste à un resserrage des efforts autour des technologies renouvelables matures pour atteindre ces objectifs. Le secteur de l’hydrolien fait partie des grands perdants de cette décision : la France possède pourtant les potentiels géographique et industriel qui pourraient en faire un acteur compétitif sur ce marché spécifique.

 Le hic est que du côté des « gagnants » – les filières solaire et éolienne – le verre d’eau n’est pas si plein. Si les objectifs de la PPE sur ces énergies constituent une feuille de route solide et qu’on pourrait qualifier de relativement ambitieuse, on est loin de se diriger vers l’exploitation de la capacité totale française, estimée à 54% de renouvelables dans le mix total en 2030. Comme dit plus haut, la PPE ambitionne 40%. Certains voient ainsi la PPE comme un plafond de verre. C’est le verre à moitié vide.

 Mais il y a plus inquiétant. La plus mauvaise nouvelle pour le secteur renouvelable dans ce PPE se trouve peut-être du côté… de l’atome. En effet, le choix de ne fermer aucun site nucléaire afin de «  ne pas déstabiliser les territoires et permettre la construction de nouveaux réacteurs lorsqu’ils seraient décidés », dixit François de Rugy, n’augure rien de bon pour le secteur des renouvelables à moyen terme.

Le plafond de verre ?

En effet, une montée en puissance massive des énergies renouvelables dans le mix électrique doit s’accompagner de l’intégration dans le réseau électrique d’outils de flexibilité, de stockage, de smart grids… Le PPE ne prévoit pas d’investissements massifs à ce niveau, plafonnant de fait les ambitions potentielles de tout le secteur.

C’est le paradoxe français. Beaucoup de pays européens s’inscrivent aujourd’hui dans une trajectoire 100% renouvelable sur le moyen/long terme. C’est cette ambition qui guide leur transition énergétique.

En France, la situation est différente, parce que l’énergie nucléaire constitue l’ « ingrédient » de base de notre mix électrique : c’est lui qui a permis à la France d’être quasi autonome dans sa production électrique et d’être compétitif sur le prix de vente de son électricité depuis plusieurs décennies.

C’est toujours vrai aujourd’hui, mais moins qu’hier. Et sûrement beaucoup moins que demain.

Ce qui est vrai également, c’est que l’industrie nucléaire est un fleuron français, qui croit en sa capacité à innover pour retrouver de la compétitivité, en France et dans le monde, au-delà d’une image impossible à rénover.

Impossible pour la France de miser en même temps sur le nucléaire et les renouvelables et de gagner des deux côtés, la compétition est trop dure.

Si on sait aujourd’hui que la France ne gagnera pas la bataille des renouvelables d’ici 2028, il sera très important de ne pas trop la perdre. C’est aussi le sens de la PPE pour les 10 ans à venir.

Pour aller plus loin

Posté le par Pierre Thouverez

Les derniers commentaires

  • @ Studer alias Student : Au lieu de vous en prendre aux personnes restez-en aux arguments, si vous le pouvez… « Nucléaire pas cher » : on est à 92 £ (105 euro) / MWh tous frais non inclus à Hinkley Point pour 35 ans et çà ne risque pas d’être inférieur en France alors que l’éolien est à 55 euros et le solaire 52 euros aux derniers appels d’offres en France et ce malgré nos retards. Et moins encore en Europe. Le potentiel de baisse reste encore important. « Le stockage de masse n’existerait pas » : Et si. Par exemple le Power to gas (rendement autour de 85% en phase industrielle, voir programme Helmeth et autres achevé en 2013) se met en place : plus de 100 unités en Europe dont plusieurs de taille industrielle et plusieurs injections déjà en cours (HyDeploy en GB etc) mais il faut des volumes pour çà donc l’essor des renouvelables, entre autres. « Black-out des renouvelables » : Faux. Les réseaux danois et allemands sont parmi les plus sûr d’Europe, la France est largement derrière, reportez vous aux classements annuels. L’électricité allemande est moins chère que la française depuis leur transition (voir prix plus bas). Quant aux taxes elle incluent entre autres l’efficacité énergétique, l’isolation etc et n’ont pas vocation à perdurer à terme à ce niveau : l’Allemagne est numéro 1 mondial et leur facture finale est moins élevée, de même le Danemark très bien classé aussi. Nous sommes largement derrière. De même la Californie qui compte passer comme 25 pays déjà aux 100% renouvelables entre 2025 et 2050 est classée 6e en terme de prix élevés de l’électricité aux Etats-Unis mais 49e Etat en terme de montant total de facture pour cette même raison d’efficacité énergétique qui va de pair avec les renouvelables. Donc les californiens paient moins cher au final. Beaucoup de choses vous échappent car vous survolez un sujet que vous ne maîtrisez pas comme on le voit trop souvent dans vos interventions. Electricité plus chère en France qu’en Allemagne, conséquence nous sommes « importateurs nets » d’Allemagne depuis leur transition : https://www.renewable-ei.org/en/activities/column/img/20180302/img02.jpg

  • Comme l’ADEME et de Rugy, M. Thouverez rêve.
    Étant idéologiquement opposé au nucléaire (vade retro !) qui pourtant nous apporte une électricité abondante propre et pas chère, il voudrait le remplacer par beaucoup d’énergies intermittentes (éolien et solaire) et corriger leurs défauts au moyen de « smart grids » (qui ne produisent rien !) et de « stockage de masse » (qui n’existe pas !).
    Tous ces errements n’ont qu’une issue prévisible : renchérir le coût de l’électricité par des taxes (17 % actuellement mais 100 % en Allemagne) et se retrouver dans une impasse . Car sans charbon ni nucléaire, les énergies intermittentes ne peuvent conduire qu’à des blackouts (cf. les problèmes de l’Australie qui a cru à ce mirage).
    Nos dirigeants politiques qui en sont conscients amusent les écolos, via de Rugy, en promettant la lune pour 2035 voire 2050, sans risque pour eux !
    Mais Bercy et Matignon, soucieux de l’économie du pays sont là pour éviter d’aller dans le mur.
    Le refus des taxes par les GJ va bien leur être utile.


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