Le 8 avril 1946 naissait Électricité de France et Gaz de France (EDF-GDF). En unissant plus de 1 500 sociétés, le gouvernement actait la nationalisation de la production, du transport et de la distribution du gaz et de l’électricité. Depuis, 80 années se sont écoulées et à cette occasion, EDF a annoncé un plan de 240 millions d’euros. « Comme nous avons 80 ans aujourd’hui, nous avons choisi de mettre sur la table 240 millions d’euros, trois fois 80 millions (…) » a précisé le PDG de l’entreprise, Bernard Fontana.
Dans un contexte géopolitique incertain marqué par la hausse du prix des carburants, cette contribution vise à réduire les importations d’hydrocarbures.
Une enveloppe divisée en trois mesures
Souhaitant soutenir à la fois les particuliers et les industriels pour l’adoption d’équipements électriques, l’offre d’EDF se décline en trois parties.
Une première aide s’adresse aux 80 000 ménages modestes qui pourront bénéficier d’une prime forfaitaire de 1 000 € pour l’installation d’une pompe à chaleur.
Afin d’encourager les transporteurs de poids lourds qui roulent très majoritairement au diesel[1] à se convertir à l’électrique, une deuxième aide d’un montant de 30 M€ leur sera versée (dans un maximum de deux véhicules par TPE/PME). Un coup de pouce (15 000 € en moyenne par camion) non négligeable quand le premier frein au passage à l’électrique reste le coût à l’achat de deux à trois fois supérieur à celui d’un camion à moteur thermique. Toutefois, l’investissement de départ peut être compensé sur le long terme, car le coût au kilomètre d’électricité est moins cher que celui du diesel. EDF cherche aussi à agir sur un autre frein : le manque de bornes de recharge. Ainsi, 50 millions d’euros seront versés en complément pour l’installation, sur trois ans, de 180 bornes de recharge pour les poids lourds sur le territoire métropolitain.
La troisième aide, d’un montant de 80 millions, sera consacrée à l’accompagnement de projets d’installations de nouveaux consommateurs d’électricité comme les centres de données. Le groupe promet l’accès à des terrains équipés de connexion au réseau électrique.
En encourageant le développement d’installations fortement consommatrices d’électricité, EDF s’offre un débouché à une surproduction d’électricité. Ce déséquilibre entre l’offre et la demande est manifeste : en 2025, la France a enregistré un record d’exportation pour la deuxième année consécutive.
50 années de gloire et 30 années d’affaiblissement
S’étant donné pour mission de bâtir un réseau capable d’alimenter toute la France, la naissance d’EDF s’est traduite par la construction de 60 barrages hydrauliques en moins de dix ans. La lumière pénètre alors dans les foyers et transforme le quotidien des Français. L’apogée de cette période se situe en 1974, lorsque la France se lance dans le nucléaire avec la mise en œuvre du plan Messmer. L’électricité nucléaire devient un pilier de l’indépendance énergétique du pays grâce aux 56 réacteurs nucléaires construits entre 1974 et 1989.
Une phase plus difficile débute pour EDF en 1996 avec l’ouverture progressive du marché de l’électricité à la concurrence à la suite d’une directive européenne. Le modèle économique de l’entreprise est ébranlé lors de la mise en place en 2010 du dispositif ARENH qui l’oblige à vendre un quart de sa production à ses concurrents à bas coût.
La relance de la filière nucléaire avec la construction de six nouveaux réacteurs EPR2 d’ici 2038, décidée après la mise à l’arrêt définitif des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Fessenheim en 2020, révèle les hésitations et les errements de l’État, redevenu actionnaire unique d’EDF en 2023.
Préoccupée par la situation financière de l’entreprise, la Cour des comptes a partagé ses doutes, en septembre 2025, sur la capacité d’EDF à financer à long terme des chantiers qui exigeraient 460 milliards d’euros d’investissements entre 2025 et 2040.
[1] 900 poids lourds électriques immatriculés en 2025 contre 600 000 camions thermiques en circulation.
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