« Les crises surviennent du fait de notre reconduction passive
des pratiques. »
D. Meadows
Les temps qui courent peuvent être caractérisés de deux manières.
Elles sont à la fois distinctes mais corrélées.
La première est le nombre de dysfonctionnements météorologiques
qui s’accumulent et se manifestent de manière très contrastée. À la
sécheresse, succède une période de pluies continues. Les accidents
s’enchaînent : incendies de forêts, tempêtes, recul du trait de côte.
Les spécialistes qualifient ces phénomènes de risques suscités par
le changement climatique. Ils en expliquent l’origine dans un réchauffement
planétaire consécutif à l’accroissement des émissions de gaz à effet
de serre. Toutefois, ce mécanisme apparaît à beaucoup comme purement
théorique puisqu’il ne s’observe pas au niveau local et qu’il repose
alors sur la seule confiance qui peut être accordée aux scientifiques.
La seconde est relative à la perception d’un climat psychologique
qui tend à se généraliser. Pour beaucoup, cette accumulation de crises
les rend dubitatifs quant à la possibilité de faire face à ces phénomènes
aléatoires et incontrôlés. Cette incertitude éveille leurs craintes
devant un avenir de moins en moins prévisible. Là encore, les experts
parlent d’éco anxiété, mais n’en apportent pas les remèdes que chacun
pourrait s’approprier. En fait, un désarroi tend à s’instaurer et
suscite une résignation qui n’est pas propice pour engager des démarches
de remédiation. Un enchaînement cumulatif est en train de s’opérer
pour accroître un fatalisme collectif et une défiance vis-à-vis de
toute proposition de changement.
Ce qui semble encore plus inquiétant, c’est la défiance qui s’installe
vis-à-vis de tous les projets qui caractérisent pourtant le propre
de l’activité humaine.
Une remise en cause s’opère dans le travail collectif. Les objectifs
poursuivis apparaîssent comme étrangers au corps social. Le management
n’est plus reconnu pour être efficace, mais relève plus d’une emprise
bureaucratique où chaque corporation y retrouve une autojustification
tout-à-fait décorrélée de résultats tangibles. La numérisation des
tâches cherche à y pallier, mais suscite une paupérisation et une
dépersonnalisation des tâches. Les projets s’accumulent, mais ne produisent
pas de gains d’efficacité tangibles. La productivité, qui est le seul
ressort de l’économie, plafonne, quand elle ne recule pas. Ce constat
n’est pas un biais découlant d’une vision défaitiste, mais il est
inscrit dans toutes les parutions des indicateurs macroéconomiques.
Il en va de même des projets individuels. Ceux-ci se heurtent
à deux phénomènes. L’ascenseur social ne fonctionne plus autant que
nécessaire pour...