Lorsqu’elles sont présentées, les fibres optiques sont généralement
classées en deux grandes familles distinctes que sont les fibres optiques
multimodes et les fibres optiques monomodes. À cette occasion, ces
dernières sont souvent mises en avant, notamment pour les débits d’information
très élevés auxquels elles permettent d’accéder et qui sont à la base
des autoroutes de l’information que les données échangées quotidiennement
empruntent, notamment
via
les câbles sous-marins qui jalonnent
le fond des océans. Derrière l’appellation de fibre monomode, on entend
le plus souvent une structure de fibre constituée d’un guide d’onde
unique (un seul cœur) n’autorisant qu’un seul chemin optique (un seul
mode). Tout au long de cet article, nous allons nous intéresser à
des types de fibres différents qui permettent à la lumière de se propager
selon différents modes au sein d’un même cœur (fibres légèrement multimodes
et fibres multimodes) ou selon des modes uniques supportés par différents
cœurs (fibres multicœurs). Nous mentionnerons également le cas des
fibres à cœurs multiples supportant chacun plusieurs modes. Nous verrons
que, bien qu’elles partagent beaucoup de propriétés avec les fibres
monomodes, ces fibres possèdent également leurs propres spécificités
en matière de propriétés de guidage, de fabrication ou de mise en
œuvre. Ce dernier point couvre, en particulier, la nécessité de pouvoir
exciter sélectivement les chemins spatiaux à disposition. À cela s’ajoute
la nécessité d’implémenter des techniques optiques spécifiques pour
pouvoir les caractériser. Après quelques rappels généraux sur les
fibres optiques, plusieurs de ces spécificités sont présentées en
distinguant les deux sous-familles que sont les fibres multimodes
(intégrant les fibres légèrement multimodes) et les fibres multicœurs.
L’ouverture de chemins spatiaux multiples au sein d’une même fibre,
si elle est maîtrisée et comprise, constitue une richesse qui peut
être mise à profit dans de nombreux domaines de recherche plus ou
moins tournés vers l’application. Ainsi, aujourd’hui, les recherches
en télécommunications optiques, en développement de sources lasers
intenses, en imagerie bio-médicale, en photonique non linéaire ou
encore en propagation dans les milieux complexes, peuvent s’appuyer
sur une grande diversité de structures de fibres à disposition et
dont nous présentons quelques exemples. La multiplicité des chemins
spatiaux nécessite toutefois de porter une attention toute particulière
à la notion de couplage, qu’il s’agisse de couplage entre cœurs ou
entre modes. Nous verrons, en outre, que l’intensité de ce couplage
peut être choisie et ajustée en fonction des propriétés opto-géométriques
du(des) cœur(s) de la fibre. Ce point sera particulièrement illustré
par les récents développements...