La cryptologie est littéralement la science du secret. Elle est
le socle de toute protection de l’information et les communications
contre l’écoute, la modification et d’autres attaques apparues avec
les nouvelles fonctionnalités offertes par cette science (signature,
horodatage, par exemple). La cryptographie est donc au cœur des technologies
de l’information, nées des travaux de Claude E. Shannon. La fonctionnalité
la plus critique est le chiffrement qui permet à plusieurs acteurs
de communiquer en secret sans interférence – passive ou active – d’un
tiers. Dans ce chapitre, nous nous concentrerons sur le chiffrement
en gardant à l’esprit qu’il résume à lui seul une problématique qui
s’étend à toutes les technologies de sécurité de l’information, qui
toutes en dépendent.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, la cryptologie, et plus particulièrement
le chiffrement, font l’objet d’un contrôle plus ou moins fort par
les États. Si le contrôle s’exerce également pour un grand nombre
d’autres technologies, biens ou services, depuis la fin des années
1940, son objectif était de limiter l’accès à des technologies « sensibles »
ou dites « à double usage » (pouvant être détournées de leur usage
civil pour un usage militaire). Autrement dit, il s’agit de maintenir
l’avance stratégique, économique et sécuritaire des pays détenteurs
de ces technologies, au détriment des pays qui ne les maîtrisent pas.
Dans le cas de la cryptologie, ce contrôle s’est étendu aux citoyens
et entreprises des pays qui les maîtrisent. L’impératif de maintenir
une position dominante, essentiellement occidentale et vis-à-vis du
reste du monde, s’est élargi à la volonté de contrôler les citoyens
eux-mêmes et d’empêcher qu’il existe une sphère échappant à la surveillance
et au contrôle de l’État. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États
occidentaux ont en effet un grand nombre de soubresauts, tant nationaux
(crises, contestation politique, mouvements politiques d’obédience
non nationale, terrorisme intérieur…) qu’internationaux (mouvements
de décolonisation soutenus intérieurement, sympathies pour des régimes
non occidentaux, déstabilisation intérieure, conflits divers et variés,
guerre économique…). L’État ne peut donc tolérer que les citoyens
puissent légalement s’organiser démocratiquement, échanger et contester
sans qu’il puisse les surveiller. Délicat équilibre entre nécessaire
préservation de la sécurité de l’État et des citoyens, et tentation
omniprésente de franchir le « Rubicon » protégeant la démocratie en
vertu d’intérêts souvent particuliers plus ou moins éloignés des besoins
de sécurité.
La nature et l’intensité de ces contrôles ont évolué dans le temps
parce que le monde, la technologie, les usages ont eux-mêmes évolué.
Une des principales constantes pour ce contrôle...