Les portes dérobées en cryptographie

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Les portes dérobées en cryptographie

Auteur(s) : Eric FILIOL

Date de publication : 10 avril 2026 | Read in english

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RÉSUMÉ

Cet article traite de la problématique des backdoors (portes dérobées) dans les algorithmes et systèmes de chiffrement et, plus généralement, de celle du contrôle par la plupart des États, des moyens de chiffrement et, au-delà, des technologies de l’information. L’objectif est de comprendre depuis quand, pourquoi et comment ce contrôle a été mis en place et est en train d’évoluer.

S’agissant des backdoors de nature mathématique, les plus difficiles à concevoir et, en l’état actuel des connaissances, qu’il est, sinon impossible, du moins extrêmement difficile de détecter, cet article présente quelques cas plus ou moins connus et les enjeux qu’elles représentent. Enfin, il sera expliqué et illustré pourquoi ce contrôle, non seulement n’a pas de sens, mais aussi en quoi il constitue un danger pour les sociétés modernes et démocratiques.

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AUTEUR(S)

  • Eric FILIOL : Head of Discipline Cybersecurity, Data & Algorithms - Thales, ENG:IO (Paris, France)

 INTRODUCTION

La cryptologie est littéralement la science du secret. Elle est le socle de toute protection de l’information et les communications contre l’écoute, la modification et d’autres attaques apparues avec les nouvelles fonctionnalités offertes par cette science (signature, horodatage, par exemple). La cryptographie est donc au cœur des technologies de l’information, nées des travaux de Claude E. Shannon. La fonctionnalité la plus critique est le chiffrement qui permet à plusieurs acteurs de communiquer en secret sans interférence – passive ou active – d’un tiers. Dans ce chapitre, nous nous concentrerons sur le chiffrement en gardant à l’esprit qu’il résume à lui seul une problématique qui s’étend à toutes les technologies de sécurité de l’information, qui toutes en dépendent.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la cryptologie, et plus particulièrement le chiffrement, font l’objet d’un contrôle plus ou moins fort par les États. Si le contrôle s’exerce également pour un grand nombre d’autres technologies, biens ou services, depuis la fin des années 1940, son objectif était de limiter l’accès à des technologies « sensibles » ou dites « à double usage » (pouvant être détournées de leur usage civil pour un usage militaire). Autrement dit, il s’agit de maintenir l’avance stratégique, économique et sécuritaire des pays détenteurs de ces technologies, au détriment des pays qui ne les maîtrisent pas.

Dans le cas de la cryptologie, ce contrôle s’est étendu aux citoyens et entreprises des pays qui les maîtrisent. L’impératif de maintenir une position dominante, essentiellement occidentale et vis-à-vis du reste du monde, s’est élargi à la volonté de contrôler les citoyens eux-mêmes et d’empêcher qu’il existe une sphère échappant à la surveillance et au contrôle de l’État. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États occidentaux ont en effet un grand nombre de soubresauts, tant nationaux (crises, contestation politique, mouvements politiques d’obédience non nationale, terrorisme intérieur…) qu’internationaux (mouvements de décolonisation soutenus intérieurement, sympathies pour des régimes non occidentaux, déstabilisation intérieure, conflits divers et variés, guerre économique…). L’État ne peut donc tolérer que les citoyens puissent légalement s’organiser démocratiquement, échanger et contester sans qu’il puisse les surveiller. Délicat équilibre entre nécessaire préservation de la sécurité de l’État et des citoyens, et tentation omniprésente de franchir le « Rubicon » protégeant la démocratie en vertu d’intérêts souvent particuliers plus ou moins éloignés des besoins de sécurité.

La nature et l’intensité de ces contrôles ont évolué dans le temps parce que le monde, la technologie, les usages ont eux-mêmes évolué. Une des principales constantes pour ce contrôle...

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MOTS-CLÉS

cryptologie   |   technologie de l'information   |   portes dérobées   |   chiffrement   |   contrôle étatique

DOI (DIGITAL OBJECT IDENTIFIER)

https://doi.org/10.51257/a-v1-h5875

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