Opération physique de séparation de plusieurs phases non miscibles entre elles dont l'une au moins est liquide.
Elle s'applique aux suspensions de matières dans un liquide (dispersion S/L), aux émulsions (dispersion L/L), aux solutions contenant du gaz (dispersion G/L).
Le principe de la décantation s'appuie sur les différences de densité entre les phases dispersées et dispersantes, sous l'action de la gravitation.
Lorsque la gravitation terrestre n'est pas augmentée, on parle de décantation statique. Si elle est accélérée, on parle souvent de décantation centrifuge ou centrifugation.
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Définition : décantation : définition et principe
Ce qu'est la décantation, et ce que la définition impose
La décantation est l'opération physique qui sépare les constituants d'un mélange hétérogène par la seule action de la pesanteur, sans transformation chimique. Les particules plus denses que le liquide descendent, celles qui le sont moins remontent, et la séparation s'obtient sans apport d'énergie mécanique. Cette définition impose une condition de départ que l'on oublie souvent, il faut un écart de masse volumique entre les deux phases. Sans cet écart, aucune force motrice n'existe et l'opération n'a pas lieu, quelle que soit la durée d'attente. Une huile flotte sur l'eau parce qu'elle est moins dense, et c'est le même mécanisme qui la fait remonter au lieu de tomber.
Le mécanisme se décrit par un bilan de forces sur une particule isolée. Le poids l'entraîne vers le bas, la poussée d'Archimède le contrarie, la traînée du fluide s'oppose au mouvement et croît avec la vitesse. L'équilibre s'établit très vite, en général en une fraction de seconde, et la particule adopte alors une vitesse de chute constante. Pour une sphère en régime laminaire, la loi de Stokes donne cette vitesse limite, proportionnelle au carré du diamètre et à l'écart de masse volumique, inversement proportionnelle à la viscosité du fluide. La conséquence est brutale pour le dimensionnement, diviser par deux le diamètre d'une particule divise sa vitesse de chute par quatre.
C'est ce qui explique l'échelle de temps observée en pratique. Un grain de sable de 200 micromètres chute dans l'eau à environ 2 centimètres par seconde et se dépose en quelques secondes. Une argile de 1 micromètre tombe 40 000 fois plus lentement et mettrait plusieurs jours à parcourir la même hauteur. En dessous de 1 micromètre, l'agitation brownienne prend le dessus et la particule ne sédimente plus du tout. La frontière pratique de l'opération se situe donc autour de quelques micromètres, et tout ce qui est plus fin doit être agrégé avant d'espérer le séparer par gravité. Les aspects théoriques de ce comportement sont développés dans décantation, aspects théoriques, et le cadre général du mouvement d'un fluide chargé dans éléments de mécanique des fluides, application aux milieux poreux.
Force motrice
pesanteur, sans apport d'énergie mécanique
Condition nécessaire
écart de masse volumique entre phase dispersée et fluide
Loi de référence
loi de Stokes, régime laminaire, nombre de Reynolds inférieur à 1
Dépendance au diamètre
la vitesse de chute varie comme le carré du diamètre
Vitesse de chute d'un sable de 200 micromètres
environ 2 centimètres par seconde dans l'eau
Vitesse de chute d'une argile de 1 micromètre
environ 40 000 fois plus faible
Limite basse de l'opération seule
quelques micromètres, en dessous l'agitation brownienne domine
Grandeur de dimensionnement
vitesse de Hazen, débit divisé par la surface du bassin
Vitesse de Hazen usuelle, décanteur statique d'eau potable
1 à 2 mètres par heure
Vitesse de Hazen, décanteur lamellaire
couramment 5 à 10 fois supérieure à surface au sol égale
Siccité d'une boue soutirée
de l'ordre de 1 à 3 % de matière sèche
Opération complémentaire habituelle
coagulation-floculation en amont, filtration en aval
La grandeur qui dimensionne un bassin de décantation
Le dimensionnement d'un bassin de décantation repose sur une grandeur unique, la vitesse de Hazen, quotient du débit à traiter par la surface horizontale de l'ouvrage. Une particule est retenue si sa vitesse de chute dépasse cette valeur. Le résultat surprend au premier abord, la profondeur du bassin n'intervient pas dans le critère de capture. Elle joue sur le volume de stockage des boues et sur la stabilité hydraulique, pas sur le rendement de séparation.
Le contre-sens fréquent consiste à creuser pour améliorer une clarification insuffisante. Il faut au contraire étaler, puisque seule la surface offerte compte. Cette lecture ouvre directement la voie aux appareils compacts.
Avant de choisir un appareil, il faut savoir à quel régime on a affaire, car le comportement du mélange change avec la concentration. Le génie des procédés range les différents types de décantation selon ce qui gouverne la chute. La décantation de particules grenues, où chaque grain tombe indépendamment des autres à vitesse constante, cas du sable et des particules solides denses. La décantation de particules floculées, où les flocs se rencontrent, s'agrègent en tombant et accélèrent progressivement. La décantation freinée, quand la concentration devient telle que le flux d'eau remontant entre les particules ralentit l'ensemble, et qu'une interface nette apparaît et descend à vitesse uniforme. La décantation en compression enfin, dans le lit de boues, où le dépôt se tasse sous son propre poids et perd lentement son eau interstitielle. Un clarificateur d'eaux usées traverse les quatre régimes sur sa hauteur, du surnageant limpide au fond épaissi.
Le décanteur statique circulaire ou rectangulaire, avec racleur de fond et goulotte périphérique de reprise du surnageant. Il traite couramment 1 à 2 mètres par heure de vitesse de Hazen en eau potable, et reste la structure la plus utilisée pour les grands débits.
Le décanteur lamellaire, garni de plaques inclinées à 55 ou 60 degrés qui multiplient la surface projetée sans augmenter l'emprise au sol. Il accepte des vitesses 5 à 10 fois supérieures et divise d'autant la place nécessaire.
Le décanteur à lit de boues, où l'eau traverse de bas en haut un voile de flocs déjà formés qui joue le rôle de filtre et capte les particules fines encore en suspension.
La centrifugeuse, qui substitue à la pesanteur une accélération de plusieurs milliers de fois supérieure et traite en quelques secondes ce qu'un bassin demanderait des heures à séparer. Le comparatif des deux voies figure dans centrifugation et décantation.
Le décanteur-séparateur liquide-liquide, qui sépare deux phases non miscibles par différence de densité après une opération d'extraction liquide-liquide.
Pourquoi la coagulation-floculation précède presque toujours l'opération
Une eau de surface brute porte des colloïdes de 0,1 à 10 micromètres, chargés négativement, qui se repoussent et refusent de s'agglomérer. Livrés à eux-mêmes, ils ne décantent jamais. Le prétraitement lève cet obstacle, en séparant ce qui neutralise de ce qui rassemble.
La coagulation neutralise la charge de surface par ajout d'un sel métallique, sulfate d'aluminium ou chlorure ferrique, sous agitation vive de quelques dizaines de secondes. La floculation qui suit rassemble les colloïdes déchargés en flocs de plusieurs centaines de micromètres, sous agitation lente pendant 15 à 30 minutes, souvent avec l'aide d'un polymère organique. La vitesse de chute passe alors de quelques millimètres par jour à quelques mètres par heure, et le rendement d'abattement des matières en suspension monte couramment au-delà de 90 %. Les techniques correspondantes sont exposées dans traitement des eaux avant utilisation, matières particulaires et dans traitements physico-chimiques de la pollution insoluble.
En aval, la filtration prend le relais sur ce que la gravité laisse passer. L'enchaînement classique d'une filière d'eau potable place la coagulation, la floculation, la décantation puis la filtration sur sable, chaque étage traitant une classe de taille que le précédent ne pouvait pas atteindre. Les principes de l'étage filtrant sont détaillés dans filtration, aspects généraux, et l'association des deux opérations en production pharmaceutique dans décantation-filtration.
Les usages industriels de la décantation
Le procédé se retrouve partout où un mélange doit être débarrassé d'une charge solide ou d'une seconde phase liquide, et son intérêt tient à un coût d'exploitation très bas puisqu'aucune énergie n'est dépensée pour la séparation elle-même. Les applications couvrent l'eau, la chimie, l'agroalimentaire et l'extraction minière.
En production d'eau potable, comme étage de clarification entre la floculation et la filtration. L'eau décantée passe ensuite sur les filtres à sable.
En traitement des eaux usées, en décantation primaire pour retirer les particules en suspension décantables à l'entrée de la station, puis en clarification secondaire pour séparer les boues activées de l'eau épurée. Le comportement dynamique de cet ensemble est modélisé dans modélisation dynamique des procédés biologiques de traitement des eaux.
En chimie et en pétrochimie, pour séparer deux liquides non miscibles en sortie de colonne d'extraction, ou pour retirer l'eau libre d'un hydrocarbure.
En agroalimentaire, sur les jus, les vins, les moûts et les huiles, où l'opération précède la clarification fine.
En minéralurgie, par exemple pour épaissir une pulpe avant filtrage et recycler l'eau de procédé en tête d'installation.
Au laboratoire, avec l'ampoule à décanter, un récipient en verre à robinet inférieur qui reproduit à petite échelle la séparation de deux phases liquides par simple soutirage du bas. Le même geste, dans une cave, sépare le vin de son dépôt.
La limite de l'opération se lit dans la concentration du dépôt obtenu. Une boue soutirée en fond de clarificateur ne dépasse guère 1 à 3 % de matière sèche, ce qui reste très liquide et coûteux à transporter. Un épaississement puis une déshydratation mécanique s'imposent avant toute évacuation, et cette suite de traitements pèse souvent plus lourd dans le bilan d'exploitation que la clarification elle-même.
Questions fréquentes à propos de décantation : définition et principe
Qu'est-ce que la décantation ?
C'est une opération de séparation qui utilise la pesanteur pour éloigner une phase dispersée du fluide qui la contient. Les particules plus denses que le liquide se déposent au fond et forment un dépôt, le fluide clarifié est repris en partie haute. L'opération n'exige aucune énergie mécanique, mais suppose un écart de masse volumique entre les deux phases.
Quelle est la différence entre décantation et filtration ?
La première utilise la différence de densité et la pesanteur, la seconde retient les particules sur un support poreux par un critère de taille. La décantation traite de gros volumes à faible coût mais ne descend pas en dessous de quelques micromètres. La filtration atteint des tailles beaucoup plus fines, au prix d'une perte de charge et d'un colmatage à gérer. Les deux se placent en série dans une filière de traitement d'eau.
Comment calculer la vitesse de décantation d'une particule ?
En régime laminaire, la loi de Stokes donne la vitesse limite de chute d'une sphère, proportionnelle au carré de son diamètre et à l'écart de masse volumique avec le fluide, inversement proportionnelle à la viscosité de ce fluide. Elle cesse d'être valable au-delà d'un nombre de Reynolds particulaire de 1.
Quels sont les différents types de décantation et de décanteurs ?
Le décanteur statique circulaire ou rectangulaire, le décanteur lamellaire qui multiplie la surface projetée par des plaques inclinées, le décanteur à lit de boues où l'eau traverse un voile de flocs, la centrifugeuse qui remplace la pesanteur par une accélération élevée, et le décanteur-séparateur pour deux liquides non miscibles.
Pourquoi ajoute-t-on un coagulant avant la décantation ?
Parce que les colloïdes d'une eau de surface portent une charge de surface qui les fait se repousser et les empêche de s'agglomérer. Un sel métallique neutralise cette charge, puis la floculation rassemble les particules en flocs de plusieurs centaines de micromètres. La vitesse de chute passe de quelques millimètres par jour à quelques mètres par heure.
La profondeur d'un bassin influe-t-elle sur son rendement ?
Non pour la capture des particules, qui dépend de la vitesse de Hazen, soit le débit divisé par la surface horizontale de l'ouvrage. La profondeur commande le volume de stockage des boues et la stabilité hydraulique. Pour améliorer une clarification insuffisante, il faut augmenter la surface offerte, pas creuser.