L’hydrogène est devenu depuis 2018 un sujet d’intérêt croissant dans le monde de l’énergie. En effet, l’hydrogène apparaît comme un vecteur d’énergie essentiel pour décarboner de nombreux secteurs qui sont difficiles (voire impossibles) à électrifier économiquement et techniquement, tels que la production d’acier ou de ciment, la pétrochimie, le transport maritime ou aérien, et une partie du transport routier. L’hydrogène (ou ses dérivés tels le méthanol, l’ammoniac, ou les électro-carburants) apparait donc comme nécessaire pour atteindre les objectifs de neutralité carbone.
Actuellement l’hydrogène est essentiellement consommé sur son lieu de production et produit à partir d’énergies fossiles. Dans le futur, l’hydrogène devra être décarboné, produit soit à partir d’électrolyse et d’électricité renouvelable, soit à partir du vaporeformage du gaz naturel avec captage et stockage du carbone. Un marché global avec des échanges commerciaux est susceptible de se former. Cela avantage donc les pays avec des ressources en énergie renouvelable abondantes et peu coûteuses, tandis que les traditionnels exportateurs d’énergies fossiles, notamment de gaz naturel, tablent sur leurs ressources pour rester influents en tant qu’exportateurs.
Les perspectives d’une forte augmentation du rôle de l’hydrogène dans le mix énergétique risquent de bouleverser profondément le paysage énergétique mondial. À travers les « stratégies hydrogène », déjà publiées par plus de 40 pays, et les accords bilatéraux émerge une géographie énergétique différente. De nouveaux pays exportateurs, comme le Chili ou le Maroc, entrent sur la scène énergétique mondiale. Les exportateurs actuels d’énergie fossile tentent de conserver leur rôle et de faire de l’hydrogène leur nouveau pétrole. Un nombre élevé de producteurs et d’exportateurs potentiels laisse aussi présager une compétition féroce entre ces pays pour approvisionner un nombre limité d’importateurs, centrés sur l’Europe et l’Asie.
L’économie de l’hydrogène va toutefois au-delà des équilibres offre et demande. Elle inclut toutes les technologies associées à l’hydrogène, telles que les électrolyseurs ou les piles à combustible, ainsi que les matières premières nécessaires pour la production de ces technologies. Des pays, tels les États-Unis, l’Europe, la Chine, le Japon ou la Corée du Sud, se positionnent pour dominer les différentes parties de l’échelle de valeur de ce nouveau vecteur énergétique.