Les actions de prévention des accidents du travail et des maladies
professionnelles contribuent-elles à la performance économique des
entreprises ?
Depuis une vingtaine d’années, de nombreux travaux en économie
et en sciences de gestion accréditent l’hypothèse de bénéfices économiques
de la prévention. Beaucoup proposent des mesures du rendement des
actions de prévention, considérées dès lors comme des investissements.
Pour convaincants que soient ces travaux, l’hypothèse du bénéfice
économique de la prévention n’est cependant ni évidente pour les acteurs,
ni établie sur le plan scientifique.
Ayant retracé les conditions d’émergence et les enjeux de la question
de la relation prévention-performance dans la vie socio-économique,
nous proposons une analyse d’ensemble des contributions et des controverses
auxquelles cette question donne lieu dans le champ scientifique :
sciences du travail, sciences de gestion et économie. Nous en concluons
que l’hypothèse, prise à son plus haut niveau de généralité, celle
d’une relation constante et univoque entre prévention et performance,
est indécidable. Il est plus juste de considérer que cette relation
est contingente, c’est-à-dire qu’elle dépend de facteurs de contexte.
La question devient alors de rechercher les facteurs qui, dans un
contexte donné, déterminent cette relation.
Nous abordons cette question par la voie de la recherche-action
et des méthodes participatives en considérant les contextes de travail
tels qu’ils se présentent aux acteurs. Le dispositif « champ de forces »
permet ainsi d’identifier les facteurs qui commandent la convergence
ou la divergence de la prévention et de la performance dans une situation
donnée. Nous présentons un exemple de mise en œuvre de cette méthode
dans une entreprise de construction et ses résultats pour les acteurs
comme pour les chercheurs. Saisie dans ses contextes de travail, la
relation prévention-performance montre alors une complexité peu aperçue
des approches scientifiques plus classiques.
Si la relation prévention-performance se joue dans des situations
de travail toujours spécifiques, c’est à partir de ces situations
qu’il faut l’appréhender. Or une situation de travail peut toujours
être appréhendée selon une double perspective.
D’un côté, le travail consiste à mettre en œuvre un programme
d’activités et de moyens en vue d’objectifs préalablement définis.
C’est la perspective top-down : dans cette perspective, les principes
de prévention et les méthodes de production se présentent comme distincts.
Relevant de registres d’actions différents, ils sont potentiellement
concurrents dans leur mise en œuvre. La question est donc d’assurer
leur convergence.
Les résultats obtenus en atelier « champ de forces » montrent
que cette convergence peut être obtenue par la prise en considération
des problèmes...