Il est généralement de bon ton, dans nos civilisations européennes, d’introduire l’étude approfondie d’une question en se référant à l’histoire pour décrire le présent et envisager l’avenir. Mais, dans notre cas, quand commence l’histoire du produit ? Pour peu qu’on se détache des différents mouvements qui ont cherché à tirer la conception (académisme, différentes écoles de design, ingénierie, marketing), c’est aux temps les plus reculés de la préhistoire que remonte la conception des premiers produits ou de ce que l’on nomme de façon plus scientifique artefact soit « phénomène artificiel d’origine humaine ». En effet qu’il soit dédié à la défense, à la transformation, à l’embellissement, au confort, le produit était déjà, dès cette époque, un objet d’exercice du génie humain. Depuis, il n’a jamais cessé de l’être, bien au contraire. Les produits restent les principaux témoins des évolutions techniques et sociales de toute civilisation. Ainsi essayer de savoir et de comprendre pourquoi et comment sont conçus, consommés, gardés les produits qui nous entourent pourrait procéder d’une sorte de paléontologie appliquée aux temps présents. L’exercice ne serait ni simple ni trivial : il s’agirait de retrouver, comprendre et analyser les éléments qui ont structuré la conception en dehors de tout écrit et donc de toute opinion. Qu’il s’agisse des moyens de le produire, de la nature et de l’urgence du besoin à satisfaire, des fonctions à assurer, des contraintes économiques et sociales à surmonter, des idéologies dominantes, des façons de les utiliser voire de les détourner, tous ces éléments déjà très variés diffèrent également selon l’époque, le lieu, le produit… Ce regard froid, dans un monde où la communication a tendance à brouiller l’information, met en évidence la complexité inhérente à la conception de produits et que l’on retrouve à chaque fois y compris dans les produits les plus simples.
Concevoir, analyser, juger un produit demande une prise de recul difficile à mettre en œuvre tant les points de vue sont multiples et pourtant à chaque fois justifiés, tant l’émotionnel peut se mêler au rationnel et l’indifférence côtoyer le passionnel. Comment passer de la cacophonie que représente une masse de données sans ordre au concert qui les mettra en harmonie pour constituer un produit réussi ?
Un regard sur les circonstances et les étapes du cycle de vie du produit donne l’ampleur des éléments et des contraintes à anticiper (dans un système reliant le produit et ses attributs). Suivant un point de vue professionnel, la question est de savoir comment faciliter et fiabiliser le travail d’abstraction, depuis la concrétisation du créateur qui part d’une idée ou d’un besoin exprimé pour arriver à un produit montrable. Rassembler les données pertinentes, aider la génération...