De toutes les méthodes électrochimiques, la potentiométrie est
certainement la méthode la plus fréquemment utilisée. C’est l’évolution
de l’instrumentation qui lui a permis de se développer (la mise en
évidence de l’existence d’un potentiel de membrane pour le verre ayant
plus de cent ans). La méthode exploite, en effet, pour ce qui concerne
les électrodes à membrane, des variations extrêmement faibles de potentiel,
que seuls des millivoltmètres de très haute impédance sont capables
de discriminer. Ce n’est que lorsque de tels appareils ont pu être
construits, grâce au développement parallèle de l’électronique, que
cette méthode a pu apparaître. La mise à disposition des laboratoires
de la mesure instrumentale du pH par potentiométrie a ainsi constitué,
il y a une soixantaine d’années, une avancée considérable, par sa
commodité, sa rapidité et sa précision.
Méthode d’analyse physico-chimique, puisque permettant de mesurer
les activités d’espèces réelles en solution, la potentiométrie fut
l’objet d’un nouveau et important développement, il y a une trentaine
d’années, cette fois du côté des électrodes. À la demande initiale
des biologistes souhaitant pouvoir mesurer les activités du calcium,
et discriminer ainsi la forme libre Ca
2+
des formes complexées,
fut construite une électrode à membrane liquide indicatrice du calcium.
Dans le même temps, le développement de la chimie du solide permit
de mettre au point une électrode à membrane indicatrice du fluorure,
sur la base d’un monocristal de fluorure de lanthane dopé à l’europium.
À partir de ces deux électrodes se développa graduellement, et assez
rapidement toute une variété d’électrodes dont les inconvénients initiaux
de mise en œuvre (pour les électrodes à membrane liquide) furent progressivement
gommés par la mise au point de membranes jetables.
Le développement récent de l’informatique a permis à la potentiométrie
de franchir un nouveau seuil en étendant grandement ses possibilités,
au niveau de l’acquisition des résultats, de leur exploitation, de
leur stockage et de l’automatisation des mesures, par la conception
de logiciels adaptés et performants. Dans le même temps, l’appareillage
subissait aussi une grande évolution, avec la miniaturisation des
appareils, leur adaptation aux mesures de terrain, et l’intégration
de l’ensemble des fonctions nécessaires dans une chaîne d’analyse
potentiométrique, souvent automatique.
Permettant d’effectuer la spéciation des espèces en solution par
suite de la mesure physico-chimique, adaptée à la mesure in situ,
et au contrôle en ligne, la potentiométrie n’a cessé depuis de se
développer, et de gagner tous les secteurs d’activité, que ce soit
l’analyse de laboratoire (chimique, biochimique, pharmaceutique,...