Solide ne présentant aucune structure atomique ordonnée à moyenne et longue distance, les atomes y sont aléatoirement distribués comme dans un liquide. A l’inverse, les matériaux cristallins sont organisés selon un arrangement atomique répété périodiquement dans l’espace. Les molécules d’un matériau amorphe occupent cependant une position fixe, car elles sont bloquées dans une configuration. A l’inverse, les molécules d’un liquide vibrent autour d’un point.
Les verres de silice élaborés par refroidissement naturel de mélanges d’oxydes fondus sont les composés amorphes les plus anciens et les plus connus. Ces solides sont caractérisés par un état vitreux où les molécules conservent, malgré leur distribution désordonnée, des distances fixes entre elles. Ils possèdent des propriétés isotropes avec des phénomènes de fusion pâteuse, en fait des propriétés à la fois de l’état liquide et de l’état solide. Comme aucune dislocation ne peut se propager, le verre présente une grande fragilité au choc.
La famille des matériaux amorphes ne cesse de s’agrandir englobant des métaux purs, des alliages de métaux, des semi-conducteurs, des polymères thermoplastiques ou thermodurcissables. Ces matériaux peuvent adopter une structure amorphe, et même pour certains différentes formes amorphes, c’est le polyamorphisme. Notons que de nombreux solides comportent un état intermédiaire entre le cristal et l’amorphe.
D’autres composés comme les gels, les verres très purs (pour les fibres optiques), les verres fluorés (utilisés dans les lasers), les verres métalliques viennent grossir le rang des matériaux amorphes. Les polymères sont souvent décrits comme étant cristallins ou amorphes, la caractérisation par leur degré de cristallinité est en fait plus précise.
L’obtention d’amorphes métalliques synthétiques est relativement récente [M4025]. L’objectif expérimental est de refroidir suffisamment rapidement le liquide fondu, afin d’éviter la cristallisation ; la vitesse de trempe est donc très rapide. L’originalité des propriétés de ces nouveaux matériaux (forte résistance mécanique, faible ténacité, déformation élastique importante, conductivité thermique faible, résistivité électrique élevée) a initié un grand nombre de recherches fondamentales et appliquées. Les amorphes magnétiques et ferromagnétiques ont notamment trouvé un grand nombre de débouchés en électronique et en électrotechnique.
L’état solide amorphe peut également présenter un intérêt en pharmaceutique. Il permet d’augmenter la solubilité de certains composés peu solubles ou de stabiliser des molécules fragiles.
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Définition : Matériaux amorphes : définition et propriétés
Ce qui distingue un matériau amorphe d'un matériau cristallin
Un matériau amorphe est un solide dont les atomes ne sont pas rangés selon un motif qui se répète. Le réseau périodique qui caractérise un solide cristallin y est absent, et la structure ressemble à celle d'un liquide que l'on aurait immobilisé. Le terme vient du grec et signifie littéralement sans forme, ce qui décrit l'organisation interne et non l'aspect extérieur de la pièce, qui peut parfaitement être un bloc régulier et poli.
Le désordre n'est pas total pour autant. Autour de chaque atome, les premiers voisins occupent des positions contraintes par la liaison chimique, avec des distances et des angles bien définis. Les atomes sont donc localement organisés, et c'est seulement au-delà de ce voisinage immédiat que l'arrangement se perd. Dans la silice vitreuse, chaque atome de silicium reste entouré de quatre atomes d'oxygène formant un tétraèdre, exactement comme dans le quartz. Ce qui change, c'est l'enchaînement de ces tétraèdres, régulier dans le cristal et aléatoire dans le verre. On parle d'ordre à courte distance conservé et d'ordre à grande distance perdu, la rupture se situant au-delà de quelques distances interatomiques.
Cette différence se lit directement à la diffraction des rayons X. Un matériau cristallin donne des pics fins, chacun correspondant à une famille de plans réticulaires. Un solide amorphe ne donne qu'un large halo diffus, signature du désordre. C'est le critère expérimental qui tranche, et il sert quotidiennement au contrôle des poudres pharmaceutiques comme à celui des couches minces. Il permet aussi de quantifier la fraction de matière restée sous forme cristalline dans un produit censé être entièrement amorphe.
Ordre atomique
à courte distance seulement
Signature en diffraction X
halo diffus, sans pic de Bragg
Transition caractéristique
transition vitreuse, température Tg
Comportement à la fusion
ramollissement progressif, sans palier de fusion
Tg de la silice vitreuse
environ 1 200 °C
Tg du polyméthacrylate de méthyle
environ 105 °C
Vitesse de trempe d'un verre métallique classique
de l'ordre de 1 million de degrés par seconde
Épaisseur d'une couche de silicium amorphe photovoltaïque
environ 200 fois plus mince que le silicium cristallin
Gain de pertes à vide d'un transformateur à noyau amorphe
jusqu'à 70 % par rapport à un noyau en tôle classique
Un liquide refroidi cherche naturellement à cristalliser. Ses atomes ont besoin de temps pour se déplacer et rejoindre les positions ordonnées d'un germe en croissance, mécanisme décrit dans cristallisation et polymorphisme, description du phénomène et dans cristallisation, aspects théoriques. L'état amorphe s'obtient en leur refusant ce temps. La viscosité augmente si vite pendant la descente en température que le mouvement se bloque avant que l'organisation ait pu s'établir.
Le passage se fait à la température de transition vitreuse, notée Tg. Ce n'est pas une fusion inversée. Une fusion est une transformation du premier ordre, avec une température fixe et une chaleur latente. La transition vitreuse s'étale sur un intervalle et dépend de la vitesse de refroidissement, ce qui explique qu'une même substance puisse afficher deux valeurs de Tg écartées de quelques degrés selon le protocole employé. Au-dessus de Tg, le solide se ramollit progressivement et devient un liquide très visqueux, propriété dont vit toute la mise en forme du verre et des plastiques.
La vitesse exigée varie énormément selon la nature du liquide. Un silicate fondu forme un verre spontanément, ses chaînes enchevêtrées ne pouvant se réorganiser. Un métal pur, dont les atomes sphériques se rangent sans difficulté, cristallise quoi qu'on fasse. Entre les deux, les alliages métalliques à plusieurs éléments de tailles différentes se prêtent à la trempe rapide, à condition d'atteindre le million de degrés par seconde, ce qui limite les pièces à des rubans de quelques dizaines de micromètres. Les compositions dites massives, mises au point depuis les années 1990, abaissent cette exigence de plusieurs ordres de grandeur et donnent accès à des épaisseurs centimétriques. Les données et les mécanismes correspondants figurent dans alliages métalliques amorphes.
D'autres voies existent quand la trempe est impossible. Le dépôt sous vide condense des atomes un par un sur un support froid, sans leur laisser la mobilité de s'ordonner. Le broyage à haute énergie détruit le réseau d'un cristal par déformation. La lyophilisation et le séchage par atomisation figent une structure désordonnée depuis la solution, technique très employée en pharmacie.
Les grandes familles de matériaux amorphes
Le désordre se rencontre dans tous les types de matériaux, avec des enjeux très différents d'une famille à l'autre. Ces substances n'ont en commun que leur structure, leurs propriétésphysiques et leurs applications n'ayant rien à voir d'une famille à la suivante.
Les verres d'oxydes, silicates en tête, constituent la famille historique. Leur transparence vient directement de l'absence de joints de grains, qui supprime toute diffusion de la lumière. Leur vieillissement en milieu aqueux, sujet critique pour le confinement des déchets, est traité dans altération par l'eau des verres silicatés.
Les polymères, dont la plupart ne cristallisent que partiellement. Un polystyrène ou un polycarbonate reste entièrement amorphe et transparent, un polyéthylène est semi-cristallin et translucide, ses segments cristallisés diffusant la lumière. Le taux de cristallinité pilote la rigidité, la tenue en température et la perméabilité, et c'est un paramètre de formulation autant que de mise en œuvre.
Les métaux amorphes, ou verres métalliques, dépourvus de dislocations et donc des mécanismes qui limitent la résistance des alliages ordinaires. Leurs caractéristiques mécaniques sont exposées dans propriétés mécaniques des verres métalliques.
Les semiconducteurs amorphes, au premier rang desquels le silicium déposé en couche mince. Son absorption élevée permet des cellules photovoltaïques environ 200 fois plus minces que celles en silicium cristallin, au prix d'un rendement inférieur.
Une sixième catégorie occupe une position intermédiaire, celle des vitrocéramiques, obtenues en cristallisant volontairement une fraction contrôlée d'un verre. Le résultat combine la mise en forme facile du verre et les propriétés du cristal, notamment un coefficient de dilatation quasi nul. La méthode est décrite dans vitrocéramiques.
Propriétés et applications, ce que le désordre apporte
Comparé aux matériaux cristallins de même composition, un solide désordonné se comporte généralement de façon très différente, et l'absence de plans de glissement en est la première raison. La déformation plastique d'un métal ordinaire repose sur le glissement de dislocations, défauts qui n'existent que dans un réseau périodique. Privé de ce mécanisme, un verre métallique atteint des limites élastiques très supérieures à celles des aciers courants et restitue presque toute l'énergie qu'on lui a fournie, ce qui explique son emploi dans les têtes de club de golf et les ressorts miniatures. La contrepartie est une rupture fragile, sans déformation annonciatrice, et certains alliages cassent net à la limite élastique.
La solubilité constitue le troisième levier. Un composé amorphe se dissout plus vite qu'un cristal du même corps, puisque aucune énergie de réseau n'a besoin d'être vaincue. En pharmacie, cette différence peut multiplier par plusieurs unités la fraction absorbée d'un principe actif peu soluble. Elle a un prix, l'état amorphe est métastable et cherche à recristalliser pendant le stockage, ce qui impose de contrôler l'humidité, la température et le choix des excipients sur toute la durée de vie du produit.
Questions fréquentes à propos de Matériaux amorphes : définition et propriétés
Qu'est-ce qu'un matériau amorphe ?
Un matériau amorphe est un solide amorphe dont les atomes ne forment aucun arrangement périodique à grande distance. Un ordre local subsiste autour de chaque atome, avec des distances et des angles imposés par la liaison chimique, mais il disparaît au-delà de quelques distances interatomiques. La diffraction des rayons X le confirme, un halo diffus remplaçant les pics fins du cristal.
Quelle est la différence entre un matériau amorphe et un matériau cristallin ?
Le cristal répète un motif dans les trois directions de l'espace, l'amorphe ne le répète pas. Cette différence se voit à la fusion, le cristal fond à température fixe alors que l'amorphe se ramollit progressivement en franchissant sa transition vitreuse. Elle se voit aussi en diffraction, avec des pics d'un côté et un halo de l'autre.
Le verre est-il un matériau amorphe ?
Oui, c'est même l'exemple de référence. Dans la silice vitreuse, chaque atome de silicium reste lié à quatre atomes d'oxygène comme dans le quartz, mais l'enchaînement de ces tétraèdres est aléatoire. C'est cette absence de joints de grains qui rend le verre transparent, la lumière n'y rencontrant aucune interface pour la diffuser.
Comment fabrique-t-on un matériau amorphe ?
En refroidissant un liquide assez vite pour que les atomes n'aient pas le temps de s'ordonner. La vitesse exigée va de quelques degrés par seconde pour un silicate à un million de degrés par seconde pour un alliage métallique classique. D'autres voies évitent la trempe, le dépôt sous vide, le broyage à haute énergie, la lyophilisation et le séchage par atomisation.
Les métaux peuvent-ils être amorphes ?
Oui, sous forme d'alliages à plusieurs éléments de tailles différentes, qui gênent la mise en ordre. Un métal pur cristallise toujours. Les verres métalliques atteignent des limites élastiques très supérieures à celles des aciers courants, faute de dislocations, mais rompent de façon fragile.
Un matériau amorphe est-il stable dans le temps ?
Non, il se trouve hors équilibre et tend à retrouver l'état cristallin, plus stable. La transformation est extrêmement lente en dessous de la transition vitreuse, ce qui rend un verre utilisable pendant des siècles. Elle devient rapide dès que la température s'en approche, contrainte majeure pour les formulations pharmaceutiques amorphes.