Point bas où se rejoignent deux pans de toit, la noue concentre l'eau de pluie de deux versants dans un couloir étroit. C'est l'un des ouvrages les plus exposés d'une couverture, et l'un de ceux dont la mise en œuvre demande le plus de soin.
Qu'est-ce qu'une noue de toiture ?
La noue est la ligne d'intersection rentrante de deux versants de toiture qui se rencontrent en formant un angle creux, par exemple à la jonction d'un corps de bâtiment et d'une aile en retour, ou de part et d'autre d'une lucarne. Elle s'oppose à l'arêtier, qui désigne la ligne d'intersection saillante. Par extension, le mot désigne aussi l'ouvrage d'étanchéité posé le long de cette ligne, le plus souvent un couloir métallique, qui canalise les eaux pluviales jusqu'à la gouttière. En charpente, la pièce de bois inclinée qui porte cette ligne s'appelle également noue, ou chevron de noue.
Deux caractéristiques rendent la noue délicate. Elle collecte le ruissellement de deux pans, avec un débit qui augmente à mesure que l'on descend. Et sa pente est toujours plus faible que celle des versants qu'elle réunit : pour deux pans inclinés à 45° qui se rencontrent à angle droit en plan, la noue ne descend qu'à environ 35°. L'eau y circule donc plus lentement et en plus grande quantité qu'ailleurs sur le toit.
Le terme a un autre sens en hydraulique urbaine, où une noue paysagère est un fossé large, peu profond et enherbé qui recueille et infiltre les eaux pluviales. Cette page traite de la noue de couverture.
Les différents types de noues pour votre charpente
Deux grandes configurations existent, qui se distinguent par la visibilité du fond de noue. Le choix dépend du matériau de couverture, du débit d'eau attendu, de l'exposition aux feuilles et à la neige, et du rendu architectural recherché.
La noue ouverte pour une évacuation fluide
Dans une noue ouverte, dite aussi noue à découvert, les éléments de couverture s'arrêtent de part et d'autre de l'axe en laissant apparente une bande de métal. Le couloir ainsi dégagé offre une large section d'écoulement, se nettoie facilement et laisse glisser feuilles et débris. C'est la solution la plus courante avec les tuiles, en particulier sur les grandes longueurs de noue et dans les régions exposées aux fortes pluies. Les couvertures en tuiles de terre cuite imposent une découpe soignée des tuiles le long de la noue pour conserver une largeur libre régulière sur toute la hauteur.
La noue fermée ou entrelacée pour l'esthétique
Dans une noue fermée, les éléments de couverture des deux versants se rejoignent au-dessus du fond de noue et le masquent. Le rendu est continu, sans rupture visuelle, ce qui explique sa présence sur les toitures en ardoise des bâtiments soignés. Plusieurs variantes coexistent parmi les différentes couvertures en ardoise : la noue fermée à noquets, où de petites pièces métalliques sont glissées sous chaque rang d'ardoises, et la noue ronde, où des ardoises taillées épousent une courbe continue d'un versant à l'autre. Avec les bardeaux bitumeux, la noue tressée entrelace les bardeaux des deux pans. Ces solutions demandent un savoir-faire de couvreur plus pointu et laissent moins de marge en cas de fort débit ou d'accumulation de débris. Leur mise en œuvre est détaillée dans l'article consacré aux noues en ardoise.
Quels matériaux choisir pour une noue de toiture performante ?
Le matériau de la noue se choisit sur plusieurs critères : sa résistance à la corrosion, sa compatibilité avec la couverture et les autres métaux présents sur le toit, sa capacité à suivre les dilatations, sa facilité de façonnage et une durée de vie comparable à celle de la couverture.
La noue en zinc : le choix de la durabilité
Le zinc est le matériau traditionnel de la noue. Malléable, il se façonne sur chantier en plis, relevés et bourrelets, et s'assemble par soudure à l'étain. Protégé par sa patine naturelle, il offre une durée de vie de plusieurs décennies, souvent estimée entre 30 et 50 ans selon l'environnement et l'épaisseur. Il craint en revanche le contact avec certains bois acides, comme le chêne ou le châtaignier, et les eaux de ruissellement provenant d'un ouvrage en cuivre situé en amont, qui l'attaquent par corrosion.
Les alternatives : aluminium, cuivre et matériaux synthétiques
- Le cuivre est très durable, avec une longévité qui peut dépasser le siècle, et se couvre d'une patine verte caractéristique. Il est coûteux et ne doit pas être placé en amont d'éléments en zinc ou en acier galvanisé.
- L'aluminium laqué est léger, insensible à la corrosion atmosphérique et disponible en profilés préformés de nombreuses teintes, qui s'accordent à la couverture.
- L'acier galvanisé ou prélaqué est économique, mais il devient sensible à la corrosion lorsque sa protection est entamée à la coupe ou au pliage.
- Les noues synthétiques, en PVC ou en polyester, et les bandes bitumineuses sont faciles à poser et bon marché. Elles conviennent aux petits ouvrages et aux réparations, avec une durabilité et une tenue aux UV généralement inférieures à celles des métaux.
Comment installer une noue de toiture ? Les étapes de pose
La noue est le point singulier le plus sensible d'une toiture, et la moindre erreur de pose se traduit tôt ou tard par une infiltration dans les combles. Sa mise en œuvre suit les règles des DTU de couverture de la série 40, propres à chaque matériau (tuiles, ardoises, zinc).
La préparation du support et de la charpente
La noue repose sur une fonçure, c'est-à-dire un fond continu formé de planches jointives, ou voliges, fixées sur les chevrons de part et d'autre de l'axe. Ce support doit être plan, rigide et arasé au niveau des liteaux pour que le métal ne forme ni creux ni bosse. Sa largeur dépend de celle de la noue à poser. C'est aussi à cette étape que l'on vérifie la pente réelle de la noue, plus faible que celle des versants, car elle conditionne le choix du matériau et la longueur des recouvrements.
La fixation et l'étanchéité des raccords
Les éléments de noue se posent du bas vers le haut, chaque feuille venant recouvrir la suivante dans le sens de l'écoulement, avec un recouvrement d'autant plus long que la pente est faible. La fixation se fait par pattes ou agrafes, jamais par clouage en plein, afin de laisser le métal se dilater librement. Des relevés latéraux ou des bourrelets empêchent l'eau de déborder sous la couverture. Les tuiles ou ardoises sont ensuite taillées au cordeau le long de la noue et fixées individuellement, puisque la découpe leur a fait perdre leur accroche d'origine. Les raccords en pied de noue, vers la gouttière, et en tête, sous le faîtage, font l'objet d'un traitement spécifique.
Entretien et rénovation : comment prévenir les infiltrations ?
Une noue s'inspecte au moins une fois par an, idéalement après la chute des feuilles et après chaque épisode de tempête. Les feuilles, les mousses et les débris forment rapidement un barrage qui fait refluer l'eau sous les tuiles. Le contrôle porte aussi sur l'état du métal (corrosion, perforation, fissure au droit des plis), sur les recouvrements et sur les tuiles de rive de noue, qui ont pu se déplacer. Une réparation ponctuelle suffit souvent, mais une noue corrodée sur une grande longueur se remplace entièrement : dépose des tuiles de rive, reprise de la fonçure si elle est abîmée, puis pose d'une noue neuve. En zone boisée, une grille de protection limite l'encombrement.
Approfondir la notion de noue