La compatibilité électromagnétique (CEM) est sans nul doute un
domaine particulier, car il adresse un champ d'évitement de risque,
mais ne participe pas comme la mécanique, l'électronique, etc., à
la conception d'un produit. Ce risque provient majoritairement d'interactions
imprévues entre des systèmes électroniques. La CEM de fait s'intéresse
à un champ non regardé par le concepteur ; ceci souligne l’importance
croissante de son analyse et de l’évaluation des incertitudes qui
caractérisent les scénarios et les modèles nécessaires lors de l’étude
de la CEM des systèmes. Le nombre des interactions entre systèmes
électroniques dépassant rapidement l'imagination, différentes difficultés
sont posées en CEM et pour les métiers de la CEM si on tient compte
finement des incertitudes inhérentes aux systèmes. Ainsi, certaines
interactions sont naturellement aléatoires (par exemple : apparition
de décharges, phénomènes foudre, connaissance absolue des niveaux
des impédances dans un système…). En outre, de ces interactions peuvent
émerger des comportements qui n'existeraient pas au niveau des électroniques
découplées. En conséquence, la CEM possède tous les attributs de la
systémique et porte sur des systèmes complexes.
Si certaines normes et spécifications fournissent un cadre standard,
des méthodes avancées comme la propagation d’incertitude ou la simulation
de Monte Carlo (MC) sont utilisées pour des cas complexes, essentiellement
numériques (i.e. par simulation), MC s’acclimatant mal du nombre de
réalisations nécessaires pour s’appliquer à des mesures (plusieurs
milliers, dizaines de milliers, voire plus selon les observables souhaités).
Ainsi, si la méthode MC est coûteuse en ressources, le développement
de modèles d’ordre réduit et de techniques basés sur des métamodèles
permet d’optimiser les calculs. L’analyse des incertitudes devient
cruciale pour évaluer les risques, notamment dans les cas extrêmes.
Une analyse théorique préalable est indispensable pour valider les
modèles mis en œuvre pour tenir compte de la réalité des scénarios
en CEM.
Enfin, il est rappelé que l’incertitude la plus critique concerne
les systèmes électroniques, et non les champs électromagnétiques eux-mêmes.
Les ingénieurs en CEM ne cessent d'évoquer une grandeur théorique
qui reste directement inaccessible par l'expérience : le champ électromagnétique.
À force de manipuler, citer, calculer cette grandeur impalpable, certains
peuvent en oublier ses propriétés fondamentales ; le risque est ainsi
grand de voir ces simplifications multiples dénaturer la réalité de
cette grandeur et son utilisation dans les systèmes et les moyens
de protection des électroniques. Nous allons fournir dans cet article
quelques bases nécessaires à la compréhension des incertitudes, ceci
en restant dans le strict périmètre...