Dix ans après son apparition en force, la technologie à objets se porte bien. Son succès s’affirme dans presque tous les domaines de l’informatique. Plusieurs congrès internationaux lui sont consacrés chaque année en Europe, aux États-Unis et dans le Pacifique, les revues se multiplient ainsi que les réunions plus ou moins tapageuses à caractère commercial. On y entend souvent parler des technologies à objets, au pluriel. C’est que ce succès s’accompagne d’une confusion notable, les spécialistes des différents domaines ne donnant pas le même sens technique au mot objet, mot magique déjà lourdement chargé de sens dans la langue courante. Le barbarisme orienté objets, traduction directe de l’anglais object-oriented, n’aide pas à clarifier les choses. Nous lui substituons une terminologie plus conforme à la grammaire française : programmation par objets, langages à objets.
Pour éviter les malentendus, il convient de distinguer les domaines. Comme toute technique de programmation, la programmation par objets proprement dite peut se pratiquer en principe dans n’importe quel langage, mais de préférence à travers les langages à objets. Elle s’utilise à peu près partout, mais avec un éclat particulier lorsqu’il s’agit d’écrire des systèmes complexes. Elle rencontre alors les préoccupations du génie logiciel et donne naissance à l’analyse et conception par objets qui, à travers les multiples méthodes proposées sur le marché (comme OOA, OODLA, HOOD, OMT, etc.), pose des problèmes profonds d’acquisition des connaissances et rejoint une branche de l’intelligence artificielle en développement rapide. Comme le point de vue des objets est aux antipodes du modèle relationnel, les bases de données à objets ont fait leur apparition sur le marché . Les systèmes d’exploitation à objets vont entrer en service d’un jour à l’autre, et on va voir se multiplier les applications distribuées fondées sur des objets concurrents. Les objets qui ont cours dans ces derniers domaines doivent affronter des conditions de vie difficiles (persistance, distribution), et ils ne sont plus exactement ceux des langages à objets classiques (cf. le standard CORBA promu par l’organisation OMG). Du côté de l’intelligence artificielle, la représentation de connaissances utilise elle aussi des objets, qui sont en fait dérivés des frames et se différencient de ceux qui nous occupent ici dans leur intention (par exemple la classification) comme dans leur structure...