Cette fiche procédé traite d’un produit dont l’usage semble remonter
au II
e
siècle av. J.-C., dans la mesure où l’on a retrouvé
des traces de colles de gélatine, issues non seulement de porcs ou
de bœufs mais aussi de poissons, dans la sépulture d’un pharaon. En
outre, Pline l’Ancien précise dans son ouvrage « L’Histoire naturelle » que
les Romains étaient au fait des propriétés particulières de la gélatine,
vraisemblablement plus en tant que colle qu’en tant qu’aliment. L’histoire
de la colle d’os remonte à la fin du XVIII
e
siècle et sa
fabrication industrielle aux années 1820. L’historien nous indique
qu’au départ, il s’agissait de créer un nouvel aliment. C’est exactement
en 1681 que l’idée d’extraire la gélatine à partir des os a germé
dans le cerveau d’un homme de génie, Denis Papin, qui eut l’idée d’appliquer
un traitement thermique à une température comprise entre 120 et 130 °C,
par conséquent sous pression dans une marmite baptisée « autoclave »
ou « digesteur ». Cependant cette machine présentait des risques d’ouverture
inopinée de la soupape de sécurité, voire d’explosion ! Autre problème
imprévu, l’extraction à haute température entraînait la décomposition
de la gélatine, assortie d’une forte odeur ammoniacale rédhibitoire
pour la consommation du produit fini, si bien que son procédé ne fut
jamais industrialisé. Ensuite, on put assister à de véritables joutes
entre les chimistes philanthropes (Proust, Cadet de Vaux, Darcet père,
Darcet fils) et les détracteurs de la gélatine, notamment des membres
de l’Académie de Médecine, qui ont perduré jusqu’en 1830, date à laquelle
la gélatine extraite des os, en feuilles ou en tablettes, a été diffusée
non seulement à l’attention des pauvres, mais aussi de la bourgeoisie.
Au final, l’opiniâtreté de Darcet fils fut récompensée, ce qui démontre,
s’il en est besoin, que les barrières sociales n’empêchent ni les
transferts ni les échanges