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Culture

Grand central : la radioactivité sur grand écran

Posté le par La rédaction dans Environnement

La réalisatrice Rebecca Zlotowski s’est inspirée du roman d’Elisabeth Filhol, « La Centrale » qui évoque le quotidien difficile des sous-traitants d’une usine nucléaire. Elle a fait le choix d’y ajouter une histoire d’amour interdit, celle de deux ouvriers,  Gary et Karole, incarnés par Tahar Rahim et Léa Seydoux. 

Il y a peu de dénonciation et surtout pas de position antinucléaire dans ce film. On n’y apprend rien sur les dessous d’une industrie dont les enjeux sont colossaux en France. Mais il évoque avec réalisme la vie très précaire des saisonniers du nucléaire et restitue parfaitement la menace de contamination qui plane sur eux lorsqu’ils œuvrent au plus près des réacteurs.

« Grand central » est  avant tout une magnifique histoire d’amour ; l’usine n’étant finalement qu’un prétexte pour mettre en scène un petit groupe d’intérimaires, obligés de vivre ensemble le temps d’une mission. La bonne idée de la réalisatrice est d’utiliser pour son récit les symboles du nucléaire. Cet ancrage dans un univers rarement montré au cinéma est la très grande réussite de ce film qui y puise sa force et son intensité.

On ne s’attardera pas sur le parallèle évident entre l’irradiation nucléaire et la flamme amoureuse. « Au pire, ce n’est qu’un gros coup de soleil » pense Gary avant de réaliser qu’en amour, comme au cœur de l’usine,  la surdose peut être fatale et qu’« il ne suffit pas de le vouloir pour que ça s’arrête ». Les autres références au nucléaire – la lumière, l’eau et la sécurité – sont plus intéressantes à creuser.

La lumière est l’une des applications principales de l’industrie nucléaire. Un des personnages s’écrie fièrement au début du film : « Nous apportons la lumière aux gens ! ».  En acceptant cette place à l’usine nucléaire, Gary a quitté une existence difficile faite de petits boulots et de galères. Le seul passage du film qui nous donne un aperçu de sa vie d’avant a lieu dans la chambre à coucher de sa sœur avec qui les relations semblent difficiles ; la chambre est plongée dans le noir car un bébé y dort. Sa nouvelle vie apparaît plus lumineuse à l’écran : les scènes près des mobil-homes où vit la communauté de travailleurs et celles en pleine nature sont baignées de soleil. La nuit, on aperçoit quelques lucioles occupées elles aussi à produire leur propre lumière…

Puis vient l’eau, élément incontournable d’une centrale. Vapeur d’eau à l’origine de la production d’électricité, systèmes de refroidissement, piscines de désactivation, l’eau est présente à toutes les étapes de la production d’énergie. Dans le film, elle est omniprésente : il y a la rivière près de laquelle vivent les intérimaires et qui les sépare des imposantes cheminées de la centrale. Il y a ces scènes répétitives où les intérimaires se frottent frénétiquement sous l’eau après avoir été exposés aux doses radioactives. Il y a aussi la pluie après le mariage de Karole avec celui qui n’est pas Gary, et puis ces quelques scènes où une bouteille d’eau aide les personnages à communiquer.

Autre symbole fort du nucléaire : la sécurité ou plutôt le danger. Les doses reçues par les travailleurs sont enregistrées par un petit capteur qu’ils doivent porter sur leur poitrine et compilées dans un carnet pour s’assurer de ne pas dépasser la dose mortelle. Le danger, la maladie et la mort sont omniprésents. Les radiations mais aussi l’amour interdit qu’il vit avec Karole, contaminent lentement le héros, Gary, et menacent l’équilibre de la communauté. Les coups de sirène déclenchés en cas d’accident grave semblent à plusieurs reprises prévenir les amants du danger de leur passion. Relevons le cynisme d’une scène où une des responsables de l’usine, prenant soin de sa santé, fume une cigarette électronique tandis qu’elle envoie sans état d’âme de jeunes saisonniers flirter avec la mort.

Au final, la cinéaste a réussi à teinter son récit de quelques messages politiques forts sur la réalité de travailleurs précaires de notre époque. Avec ses multiples références à la radioactivité, le film nous offre une vision apocalyptique de l’ère nucléaire et parvient à nous mettre en garde contre ses dangers. 

Par C.C

Infos pratiques :
« Grand Central » de Rebecca Zlotowski
Avec Tahar Rahim, Léa Seydoux, Olivier Gourmet, Denis Ménochet
Sortie le 28 août 2013.

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Posté le par La rédaction


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