Arc France, grand fabricant historique de produits en verre pour les arts de la table, a été placé mercredi en redressement judiciaire en raison d’une « dégradation sévère et continue » de son environnement de marché, faisant redouter des centaines de suppressions d’emplois.
Ce groupe bicentenaire, qui emploie 5.700 salariés dans le monde, dont encore 3.500 à Arques (Pas-de-Calais), où sont basés sa principale usine et son siège social, a bénéficié par le passé de multiples plans de refinancement soutenus par l’État, le dernier il y a un an à peine.
Le tribunal de commerce de Lille Métropole a validé mercredi sa demande de placement en redressement judiciaire.
C’est « le seul cadre légal et possible pour permettre à Arc de s’adapter durablement à un environnement de marché profondément dégradé », estime le directeur général d’Arc France Nick Hodler, cité dans un communiqué du groupe.
« Notre modèle doit encore se transformer en profondeur (…), en revoyant notre schéma industriel et donc en réduisant nos effectifs », prévient M. Hodler.
« Il y a plusieurs centaines d’emplois qui sont clairement en jeu, ça pourrait être de l’ordre de 500 personnes », craint Frédéric Specque, délégué syndical central CGT au sein d’Arc France, interrogé par l’AFP.
– Une offre de reprise –
L’environnement de marché pour Arc est très difficile, confirme ce syndicaliste, entre « la baisse de la consommation et la baisse du pouvoir d’achat » et la concurrence effrénée des produits importés d’Asie.
« On est envahi de produits chinois qui copient les nôtres sans la qualité, mais qui sont quatre à cinq fois moins chers. Donc tant qu’on aura ça, on peut faire tous les plans qu’on veut, on sera toujours trop chers », regrette M. Specque.
Timothée Durand, membre d’une famille de propriétaires historiques d’Arc où il a passé la majeure partie de sa carrière jusqu’en 2024, va présenter un projet de reprise, précise l’entreprise dans son communiqué, qualifiant cette offre de « sérieuse » et « réaliste ».
« Il a Arc dans les tripes, je pense qu’il a envie que la boîte de son grand-père continue, que les boîtes françaises continuent », espère Patrice Bollengier, délégué syndical CFE-CGC.
Timothée Durand avait déjà proposé une offre de reprise en 2024, alors rejetée, même si son projet était « cohérent », selon ce syndicaliste.
« L’État sera attentif aux conséquences humaines et sociales » de ce redressement judiciaire, « dans la continuité du soutien apporté par l’État à ce groupe depuis plusieurs années », a réagi le ministre délégué à l’Industrie Sébastien Martin dans une déclaration transmise à l’AFP.
Le ministre compte rencontrer jeudi M. Durand, a-t-il précisé, tout en soulignant que « l’Etat examinerait avec sérieux » toutes les autres offres de reprise éventuelles
Le préfet du Pas-de-Calais, les présidents de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand (LR) et du département Jean-Claude Leroy (PS), ainsi que d’autres élus locaux doivent recevoir jeudi à Arras les organisations syndicales d’Arc pour « échanger sur la situation, le déroulement de la procédure et les dispositifs d’accompagnement susceptibles d’être mobilisés », selon un communiqué commun.
Fondé en 1825, Arc produit notamment de la vaisselle (verres, assiettes) sous ses marques Arcoroc, Luminarc, Cristal d’Arques Paris et Chef&Sommelier, mais aussi des produits d’entrée de gamme pour le géant suédois de l’ameublement Ikea.
Mais le groupe fait face à des difficultés chroniques depuis les années 2000: en 20 ans, ses effectifs à Arques ont été presque divisés par trois. Il avait failli disparaître en 2014, avant d’être racheté l’année suivante par un investisseur américain, Dick Cashin.
Le groupe revendique pour 2024 un chiffre d’affaires de 688 millions d’euros au niveau mondial, dont un peu plus de 400 millions d’euros pour Arc France, société accusant des pertes chroniques depuis des années et très endettée.
La perte nette d’Arc France s’élevait à plus de 32 millions d’euros en 2024, d’après des documents financiers disponibles en lignes.
Ces dernières années, Arc France a été durement touchée par la pandémie de Covid-19, la flambée des coûts de l’énergie et l’inflation, et a aussi souffert des inondations historiques dans le Pas-de-Calais en 2023-2024.
Début 2025? un plan de refinancement de 42 millions d’euros avait été validé par la justice, avec l’arrivée notamment de deux nouveaux actionnaires minoritaires.
En parallèle, l’État avait accordé à Arc un nouveau prêt de 30 millions d’euros et renoncé à une partie de ses anciennes créances, alors qu’il avait déjà prêté plus de 138 millions d’euros au groupe entre 2020 et 2023.
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