En pleine crise de l’agriculture française, le commissaire européen à l’Agriculture a fait le tour mercredi des syndicats et filières agricoles, qui lui ont exprimé leurs préoccupations quant au projet de réforme de la PAC et son budget à venir.
« Il est important de dire qu’on n’est pas encore au bout du travail, il y a les propositions sur la table, il est temps de les évaluer et de voir où on peut encore les améliorer », a dit à la presse le Luxembourgeois Christophe Hansen, qui a passé la journée au Salon de l’agriculture.
But de la visite, « montrer aux agriculteurs qu’on est là pour eux, qu’on doit trouver des solutions ensemble », a-t-il dit, alors que la colère depuis plus de deux ans s’est aussi exprimée par des défilés de tracteurs à Bruxelles.
M. Hansen était venu avec l’annonce de 40 millions d’euros d’aides au secteur viticole pour distiller sa surproduction, et d’une suspension pour un an des droits de douane sur les importations d’engrais azotés.
Pour la viticulture, qui réclamait 80 millions d’euros, c’est un « verre à moitié vide », soulignait-on à la Confédération nationale des AOC viticoles (CNAOC).
Globalement, le budget PAC pour 2028-34 « est plus ou moins le même que celui de la PAC actuelle », a insisté M. Hansen. « Dans le contexte des nouveaux défis au niveau global et à nos frontières extérieures, maintenir ce budget est déjà un grand succès ».
Mais pour le premier syndicat agricole français FNSEA, ce budget doit être « en hausse »: « au vu des investissements qui nous attendent, l’UE n’est pas à la hauteur », a déclaré à l’AFP Franck Sander, référent Europe du syndicat.
La FNSEA s’alarme aussi d’un nouvel accord de libre-échange avec l’Australie à risque pour les filières d’élevage, et de l’entrée en vigueur du mécanisme européen de taxe carbone aux frontières (MACF), qui vise à verdir les importations de produits comme les engrais.
« Le prix (des engrais) a augmenté de 60% depuis 2020. Pour les grandes cultures c’est un défi énorme », a admis M. Hansen, pour qui « on doit se demander si une partie du revenu du MACF pourrait être utilisée pour dédommager les agriculteurs ».
Pour lui, suspendre le MACF, comme la France le demande, « mettra en péril la production domestique des engrais. Cette industrie domestique a fait des investissements conséquents, et on les mettrait dans une position de concurrence déloyale à nouveau ».
La Confédération paysanne a également eu « un long rendez-vous » avec le commissaire européen. Mais elle prône de son côté une régulation des marchés et volumes pour rémunérer les paysans, « une Europe sociale et environnementale forte ». Elle a organisé une action sur le stand de l’UE, tendant pendant un quart d’heure drapeaux et banderoles et appelant au micro « à ce que les citoyens se bougent pour demander une autre politique agricole ».
Enfin, alors que l’accord UE-Mercosur a ravivé le sujet de la réciprocité des normes dans le commerce international, la France n’admet plus depuis janvier aucune importation de produits portant des traces de cinq pesticides interdits dans l’UE.
A la suite de cette décision française, Bruxelles a à son tour annoncé l’interdiction totale en UE de toute importation portant des traces de trois pesticides interdits parmi les cinq sanctionnés pas la France. « On évalue quels produits on pourrait rajouter », a dit M. Hansen.
« La solution européenne est toujours préférable aux solutions nationales. Et c’est pour ça que la Commission européenne a lancé une étude. Parce qu’il y a des produits phytosanitaires qu’on a sortis du marché pour des raisons scientifiques » et d’autres « pour des raisons plutôt idéologiques », a-t-il estimé.
Les résultats de cette étude sont attendus cet été, selon une source à la Commission.
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