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Il faudrait un organisme pour le climat aussi efficace que l’OMC

Posté le par La rédaction dans Environnement

[Interview] Claire Tutenuit, déléguée générale d’EPE

D’après une étude de l’association Entreprises pour l’environnement, le facteur 4 est techniquement et économiquement atteignable. Cela suppose un effort mondial dans trois grands domaines : les transports, le bâtiment et les énergies renouvelables. Le point avec Claire Tutenuit, déléguée générale d’EPE.

D’après une étude de l’association Entreprises pour l’environnement, le facteur 4 est techniquement et économiquement atteignable. Cela suppose un effort mondial dans trois grands domaines : les transports, le bâtiment et les énergies renouvelables. Le point avec Claire Tutenuit, déléguée générale d’EPE.

 

Techniques de l’ingénieur : Le facteur 4, sur lequel s’est engagée la France, consiste à diviser par quatre les émissions nationales de gaz à effet de serre calculé sur le niveau de 1990 d’ici à 2050. Est-ce possible et à quel prix ?

Claire Tutenuit : C’est possible techniquement et économiquement. Nous avons établi un scénario théorique avec un prix du CO2 qui pousse les acteurs à réduire leur consommation d’énergie, que ce soit au niveau des entreprises ou des consommateurs. Pour cela, il faudrait augmenter progressivement le prix du CO2 jusqu’à 400 euros la tonne en 2050. Condition importante de succès, il faut qu’il existe une certaine homogénéité au niveau mondial. Dans notre scénario, si les pays en développement commencent plus tard que les autres, tout le monde y perd. En effet, le développement urbain à base de carbone représente autant de patrimoine à décarboner. En termes de croissance, cela suppose une période de transition avec 20 ou 30 ans de développement ralenti, d’où la nécessité d’une aide financière de la part des pays riches.

Et pour les pays riches, quelles seraient les conséquences pour la croissance ?

Pour les pays riches, le risque pour la croissance est faible, loin de l’impact de la crise actuelle par exemple. Cela fonctionnerait comme une taxe, ce qui implique que cela circule au sein de l’économie.

Comment faire pour que l’effort soit homogène au niveau mondial ?

Les négociations de Copenhague vont aboutir à des engagements mais cela ne sera pas suffisant. Tout repose sur le fait que les pays agissent parce qu’ils croient que les autres vont aussi le faire. Cela suppose un certain degré de confiance et de contrôle mutuel. L’OMC (Organisation mondial du commerce) a réussi pour le commerce. Il faudrait un organisme aussi efficace pour le climat. Pour l’instant, cela n’existe pas. Le programme des Nations Unies pour l’environnement n’a pas de moyens régaliens.

Quelles sont les actions à mener en priorité pour atteindre le facteur 4 ?

Les trois grandes priorités sont le mix transports, le bâtiment et les modes de production de l’énergie. Concernant les transports, il faut que la moitié du parc mondial de véhicules soit décarbonée en 2050, et environ 80 % au niveau européen. Cela suppose un renouvellement massif.

Quels sont les freins technologiques dans le secteur des transports ?

Les voitures électriques coûtent encore chers et il faut résoudre l’enjeu du stockage de l’énergie. Concernant les véhicules à hydrogène, il existe aussi des freins car c’est un gaz léger dont on ne connaît pas bien les propriétés. Cependant ce ne sont pas des freins rédhibitoires.

Quels sont les freins concernant le bâtiment ?

Ce ne sont pas des freins technologiques mais surtout économiques. On préfère aujourd’hui acheter une maison plus grande qu’une maison bien isolée. C’est un problème comportemental et économique. D’une part l’énergie est peu chère et d’autre part l’inertie sur les bâtiments est très grande. La décarbonation ne peut se faire spontanément. Il faut des réglementations ou des contraintes financières adaptées. Cela suppose un changement de mode de vie, dans un premier temps plus contraignant. Mais c’est aussi créateur d’emplois. On estime à 400.000 les créations d’emplois nécessaires pour la rénovation des bâtiments.

Et concernant la production d’énergie ?

Les principaux enjeux sont le stockage et le captage de CO2. Au sujet des énergies renouvelables, les biocarburants de deuxième et troisième générations doivent être productibles et économiquement attractifs. Il faut aussi veiller aux conflits d’usage et ne pas attribuer des terres agricoles aux énergies nouvelles. Pour que le photovoltaïque soit compétitif, il faut atteindre un certain volume et recourir aux incitations. Le photovoltaïque pourrait constituer une filière industrielle au niveau mondial. Cela représente pour l’instant beaucoup d’importations en France, mais le Président de la République a lancé un signal fort pour encourager une filière nationale.

En-dehors de l’émission de gaz à effet de serre, quels sont les grands enjeux dans le domaine de l’environnement ?

L’eau est un sujet majeur au niveau mondial, mais moins en Europe. Le deuxième enjeu est la biodiversité, mais on est moins avancé au niveau scientifique pour définir les actions à mener. Concernant les produits chimiques, Reach est un pas très important, puisqu’il s’applique aussi aux importations. Il s’agit du premier effort de l’Europe pour exporter de la contrainte sur le reste du monde.

Quel rôle les ingénieurs ont-ils à jouer ?

Nous aurons besoin de beaucoup d’ingénieurs. Il va falloir mobiliser de la matière grise ! Il existe un grand problème de formation, il faut la réorienter dans le sens de l’environnement.

Propos recueillis par Corentine Gasquet

 

Entreprises pour l’environnement

Créée en 1992, EPE est une association d’une cinquantaine de grandes entreprises qui veulent mieux prendre en compte l’environnement dans leurs décisions stratégiques et dans leur gestion courante, dans le sens du développement durable.
Ce think tank publie des rapports, dont : « Scénarios de transition vers un monde économe en carbone en 2050 : quels enjeux pour l’industrie ? » (pdf)

 

 

Posté le par La rédaction


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