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La rareté de l’eau nous oblige à une meilleure gestion commune de la ressource

Posté le par La rédaction dans Environnement

Tribune [Jean-Louis Chaussade, directeur général de Suez environnement]

Lors du 6ème Forum Mondial de l’Eau en mars dernier, l’équation commune des nombreux débats qui se sont tenus s'est révélée, davantage encore qu’à Istanbul en 2009, être celle de la rareté. Rareté des ressources en eau, rareté des financements dans une période de crise. Les explications.

A travers nos 150 ans d’histoire, nous avons déjà accompagné deux ruptures majeures en matière de gestion de l’eau en Europe : celle de l’hygiène et de la santé à la fin du dix-neuvième siècle, et celle du confort urbain dans la deuxième moitié du vingtième siècle.

Aujourd’hui, nous développons de nombreuses solutions technologiques existent pour optimiser la gestion des ressources. Mais elles ne sont rien sans une gouvernance qui garantisse leur adéquation avec les besoins des usagers et la bonne coordination des acteurs qui les mettent en oeuvre. La gouvernance est LA clef de voûte de la transition vers l’ère de la rareté : gestion intégrée des écosystèmes mais aussi implication de toutes les parties prenantes dans la gestion des services.

Certaines de nos expériences passées dans les pays émergents nous ont appris qu’une gouvernance défaillante peut faire échouer des projets quelque soit l’investissement technique, humain et financier engagé.

Renforcer le rôle des collectivités européennes

Les opérateurs ont absolument besoin de collectivités locales fortes pour piloter leur travail et d’un contrôle public efficace. Au niveau européen, nous militons pour un renforcement du rôle des collectivités locales dans l’élaboration des politiques environnementales, celles-ci se retrouvant bien trop souvent contraintes de mettre en œuvre des décisions prises par les Etats, en ignorant les spécificités des territoires.

Mieux impliquer les collectivités dans les processus décisionnels permettrait aussi de favoriser la coopération des territoires partageant les mêmes caractéristiques, comme par exemple les Alpes ou le bassin Méditerranéen : ces milieux naturels fragiles et très spécifiques exigent une gouvernance dépassant les cadres nationaux.

Vers une responsabilité partagée des acteurs

Nous défendons le principe de l’association étroite des usagers aux grands choix de gestion ainsi qu’à leur mise en œuvre.

C’est le sens de l’initiative lancée en 2009 par Lyonnaise des Eaux en France : les « Idées neuves pour l’eau ». C’est une démarche inédite en Europe et il est assez étonnant de constater que si la participation des usagers est un principe clef de gestion des projets de développement, elle reste relativement marginale dans les pays du Nord. L’implication des usagers et la tarification progressive des services sont des thèmes sur lesquels le Nord a beaucoup à apprendre du Sud, tout particulièrement sur la politique sociale de l’eau, qui préoccupe les collectivités.

La nouvelle génération de contrats sur lesquels nous travaillons est fondée sur la responsabilité commune des acteurs, comme en Australie dans les contrats d’Alliance ou en France avec celui que nous avons récemment renouvelé avec la ville de Dijon.

Autre évolution, une meilleure valorisation de la performance environnementale, que ce soit du point de vue de l’opérateur, qui s’engage sur des objectifs clairs avec une exigence de résultats, ou de celui des usagers, avec la mise en place de systèmes tarifaires encourageant une consommation d’eau raisonnée.

Des solutions sur-mesure mais des règles communes

Ces modèles de gouvernance plus ouverts permettent de faire émerger des solutions construites ensemble, adaptées aux besoins des territoires et des usagers. Pour autant, il est indispensable que les cadres partagent un certain nombre de principes communs permettant d’évaluer et de comparer ces solutions et les différents modes de gestion des services.

La concurrence qui existe aujourd’hui, en France tout particulièrement, entre différents modes de gestion, est en effet le premier levier de compétitivité et de performance des services. Cette émulation peut être très positive pour les usagers, à condition que le choix des modalités de gestion se fasse sur des critères clairs et pragmatiques et dans une logique de long terme. Mais pour comparer les modes de gestion et assurer une véritable concurrence, les règles du jeu doivent être les mêmes pour tous, opérateurs privés et publics. D’autant que les modalités de coopération entre les deux sont de plus en variées.

Nous le vivons par exemple à Arrezzo, en Italie, où nous sommes co-actionnaire de la société d’économie mixte Nuove Acque, ou encore à Rouen où nous apportons notre appui à une régie publique. Renforcement des collectivités locales, implication des usagers et concurrence réelle entre les différents modes de gestion sont donc les trois piliers d’une gouvernance européenne des services d’eau apte à relever les défis d’une nouvelle ère : celle de la rareté.

Par Jean-Louis Chaussade, directeur général de Suez environnement

Source : EurActiv;fr

Posté le par La rédaction


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