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Le pétrole va-t-il manquer et les biocarburants peuvent-ils le suppléer ?

Posté le par La rédaction dans Environnement

[Tribune] Robert Rapier

La conférence 2009 de l'Agence Américaine d'Information sur l'Energie (EIA) s'est tenue les 7 et 8 avril derniers à Washington. Sur son blog R-Squared Energy, Robert Rapier livre quelques observations sur le thème qui inquiète l'Amérique : le pétrole va-t-il manquer et les biocarburants peuvent-il le suppléer ?

A la suite de l’intervention du Secrétaire à l’énergie américain Stephen Chu, le professeur William Nordhausde Yale a donné une conférence intitulée « Energie et macroéconomie ». D’après lui, un embargo sur le pétrole décrété par un pays s’avèrerait totalement inutile dans la mesure où le pétrole est fongible. Si le Vénézuela décidait de ne plus vendre de pétrole aux Etats-Unis, il lui faudrait tout de même trouver au final un acheteur de remplacement.Ce nouveau client libèrerait à son tour quelque part un vendeur qui ferait à un moment ou à un autre affaire avec les Etats-Unis. Gail Tverberg, de The Oil Drum, a ajouté : « Dans ce cas, il devient inutile de protéger plus longtemps l’industrie pétrolière et gazière américaine. Il suffit d’acheter ce dont nous avons besoin ailleurs. »

Les biocarburants : un problème d’échelle
La conférence suivante traitait de l’avenir de la demande en matière de transports, notamment automobile, avec Lew Fulton de l’IEA, David Greene de l’ l’Oak Ridge National Laboratory, et Lee Schipper de Stanford.Fulton a dit que l’IEA s’attendait à ce que la demande pétrolière atteigne les 105 millions de barils par jours (bpj) en 2030. Un consensus s’est dégagé sur le fait que la production hors OPEP avait atteint son pic et qu’à l’avenir la production viendrait de l’OPEP.L’intervention de David Greene fut peut-être celle qui a le plus refroidi son audience. En effet, se référant aux propos de Fulton sur l’OPEP qui comblerait la demande, il a déclaré : « Avec tout mon respect, cela n’arrivera pas. »Il a également abordé la question des biocarburants. Pour lui, l’éthanol de cellulose n’a aucun sens et l’IEA prend ses désirs pour la réalité. Greene m’a laissé l’impression favorable de quelqu’un qui prend toute la mesure de la gravité du problème.J’ai souvent répété que l’on ne semblait pas comprendre les différences d’échelles entre notre consommation d’énergie et la contribution que l’on peut raisonnablement attendre des biocarburants. Lee Schipper est du même avis et l’a dit avec humour : « Notre problème est que nous ne savons pas compter. » Il a ajouté que même si la Chine comptait un pourcentage très faible de véhicules, les villes chinoises commençaient déjà à être paralysées par le trafic.

La « success story du Brésil »
La session suivante était animée par Eduardo González-Pier de PEMEX, une entreprise publique mexicaine chargée de l’extraction du pétrole. Etaient aussi présents David Knapp de l’Energy Intelligence Group et Fareed Mohamedi de PFC Energy. Ce panel a passé en revue différents endroits du globe selon le potentiel de croissance de la production. David Knapp s’est montré très pessimiste sur le Vénézuela, au contraire du Brésil qui a été décrit comme une « success story ». Fareed a également prédit un avenir à Petrobras, un important producteur pétrolier brésilien.Deux des commentaires les plus curieux sont venus de González-Pier, qui a d’abord prédit que PEMEX pouvait stabiliser sa production à 3 millions bpj pendant plusieurs années. Il a ensuite affirmé que le Mexique ne deviendra pas un pays importateur net de pétrole avant 20 ans. Ces deux allégations ont tendance à me laisser songeur.Un dernier fait marquant dans ce panel fut une diapositive avec les projections des coûts de production de différentes technologies. Le GTL (gas-to-liquids, ou la conversion du gaz naturel en hydrocarbures liquides) était estimé à être commercialisé autour de $40-$110 le baril et le CTL (coal-to-liquids, ou charbon liquéfié) à $60-$110 le baril.La production des schistes bitumineux devait quant à elle être vendue à $50-$110 le baril. Permettez-moi une fois de plus d’être sceptique, notamment à l’égard de la tranche inférieure de ces projections. Ces dernières laissent apparaître un certain nombre de problèmes. D’une part, dans la mesure où toutes ces technologies dépendent fortement du prix de l’énergie, elles fonctionneront selon une échelle mobile (ce que l’on appelle le problème d’estimation à horizon glissant).

L’éthanol de cellulose : pas une solution d’avenir ?
D’autre part, très peu de données sont disponibles sur ce que sera l’économie des équipements à long-terme, car très peu d’équipements existent aujourd’hui (à ma connaissance, il n’en existe aucun pour les schistes bitumineux). Ainsi, ces projections souffrent du même défaut que j’avais dénoncé concernant l’économie de l’éthanol de cellulose : elles sont basées sur des données d’exploitation qui sont très peu réévaluées à la hausse.Nous retiendrons ici l’intervention de David Humbird, du NERL (National Renewable Energy Laboratory). Bien qu’Humbird semble bien comprendre les défis que représente la production commerciale d’éthanol de cellulose (il a précisément parlé de la question logistique qui sonnera à mon sens le glas de l’éthanol de cellulose conventionnel), il nous a montré une diapositive suggérant des coûts de production pour l’éthanol de cellulose de $2.61/gal (soit $0,67/L), et pour la gazéification de $2.40/gal ($0,63/L).Tandis que j’abonde en son sens dans le débat cellulose versus gazéification (à long-terme, je pense que la gazéification peut être commercialement viable), je ne vois pas comment une usine commerciale d’éthanol de cellulose pourrait approcher les $2.61/gal ($0,67/L) pour l’éthanol de cellulose. Peut-être capitalise-t-il sur un crédit d’impôt de $1,01/gal ($0,27/L) à cet effet, alors les coûts de production avoisineraient ceux que je connais, à savoir $4/gal ($1,09/L).

Attention aux projections fantaisistes
Ce dont on ne parle en général pas dans ce type d’analyse est l’hypothèse de départ. Part-on du principe de trouver la biomasse dans le voisinage immédiat ? Est-ce que la vapeur de processus industriel provient d’un gaz naturel à 3 dollars (voire même du charbon moins cher) ? Il est facile de faire des projections exagérément optimistes qui sous-estiment grossièrement les coûts de production. J’en ai été le témoin à de nombreuses reprises, et ces projections fantaisistes ont conduit dans le monde réel de nombreuses usines de toutes sortes à leur perte.Humbird a aussi déclaré qu’il vaudrait mieux trouver des microbes et des levures capables de produire de l’essence et du diesel au lieu de l’éthanol. Dans la mesure où les hydrocarbures éliminent l’eau, ont une densité énergétique supérieure et sont compatibles avec nos gazoducs, cette solution est potentiellement plus pratique. Ainsi que l’a souligné Humbird, il existe de nombreux projets de recherche en cours, tant dans le public que dans le privé. Il a notamment cité LS9, Amyris, Virent, et Coskata. 

Source :
Adapté d’un article de Robert Rapier. Lire l’article complet ici.Robert Rapier est directeur ingénierie chez Accsys Technologies PLC et anime le blog R-Squared Energy Blog.

Posté le par La rédaction


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